El Medj Ouamane, neuf heures du matin. Il fait plutôt frisquet. Au quatrième jour de l’opération déclenchée par les forces combinées pour venir à bout d’un groupe terroriste et après une nuit d’intenses bombardements, c’est plutôt le calme plat. Un calme que l’on sent précaire, comme celui qui précède une tempête ! Le paisible village d’El Merdj Ouamane, projeté brusquement sous les feux de la rampe, suit avec un intérêt sans cesse grandissant l’évolution de la situation. C’est ainsi que chaque jour, dès potron-minet, la foule prend position sur une route du village, à proximité immédiate de la supposée cache abritant les hordes sauvages.
De là, la vue est imprenable sur le massif fortement boisé, surplombant une prairie qui s’est parée de ses plus beaux atours printaniers. En contrebas, vers la route nationale, le P. C des forces combinées. A intervalles réguliers, on aperçoit des mouvements de troupes et de véhicules légers.
La foule grandit d’heure en heure et l’ambiance générale est à la détente. Certains se hasardent, arguant de leur passé bref mais éloquent, passé sous les drapeaux à commenter la meilleure stratégie à mettre en œuvre.
Les hommes en uniforme de passage, eux arborent un détachement décontracté qui en dit long sur leur détermination à réduire la poche, de résistance. L’on sent comme une envie d’en finir. L’assaut paraît proche et l’on en discerne aisément les signes avant coureurs.
A onze heures tapantes, sans crier gare, c’est parti pour un déluge de feu. Dantesque, terrifiant, effroyable… Nul vocable en vérité ne peut raisonnablement rendre compte, de l’effroi qui parcourt la foule dont le premier réflexe est de chercher abri derrière un véhicule ou un arbre. Une fumée dense descend de la crête, délimitant ainsi la zone pilonnée et coupant par là même toute retraite aux assiégés. Au staccato des mitrailleuses lourdes répond l’écho des obus tirés à partir d’un vignoble et de la RN 75. C’est toute la montagne qui résonne de ces déflagrations assourdissantes.
Le bombardement se poursuit avec une régularité de métronome et une cadence soutenue. De notre position, les impacts sont parfaitement visibles. Une demi-heure de tirs de barrage et c’est derechef le retour au calme. Les engins de travaux publics, bulls et chargeurs, commencent à arriver et à prendre position au niveau du piémont à la lisière des collines. Les militaires, entre deux bouchées de nourriture, un sandwich, enfilent leur gilet-pare-balles. La foule profite de ces quelques moments de répit pour casser la croûte. Avec tout ce que le décor champêtre peut suggérer comme ambiance bucolique et bon enfant. Rires et plaisanteries fusent comme pour conjurer le mauvais sort et atténuer quelque peu l’intensité dramatique de la situation.
Trois terroristes retranchés dans les casemates ont été abattus, et ce, avant l’assaut final. Parmi eux, un gros ponte du GSPC : l’ « émir » national Soheib. Dans leur progression, les militaires découvrent plusieurs autres corps déchiquetés, dix-sept au total, selon un bilan obtenu de sources recoupées. Au total, et depuis le début de l’opération, ce sont ainsi vingt-quatre terroristes qui ont été éliminés.
L’offensive de l’ANP se poursuivait toujours à l’heure où nous mettons sous presse.
M. R.
