« Tant que nos domiciles ne seront pas approvisionnés en eau potable selon un programme satisfaisant tant que nos robinets demeureront « à sec » pendant plusieurs jours, nous refusons de payer ! Ils sont tous au courant ! Tous ! De la mairie à la daïra en passant par la SONADE ! Que chacun fasse son travail ! ». Trois factures du service des eaux demeurent non honorées depuis que la population de Souama, par le biais de son comité de village, a pris la décision de ne plus payer pour une prestation de services insuffisante, d’après les citoyens.
Lequel comité a déjà pris attache avec les autorités locales pour trouver une solution satisfaisante à cette situation. D’autant plus que ledit comité s’était chargé, précédemment, de la prise en charge financière (par la population) de l’achat des compteurs, de la tuyauterie et du creusage — la SONADE n’ayant plus qu’à effectuer le branchement. Ne faut-il pas rappeler que les sources situées loin du village ont fait l’objet de soins intensifs de la part de tous les villageois qui, par le biais de cotisations spéciales et de « Tiwizi » multiples, et qu’elles ont été « ramenées » à travers des conduites qui ont coûté cher — redevance payée rubis sur ongle par chaque villageois — jusqu’aux fontaines du village, dans chaque quartier afin que chacun puisse s’y approvisionner en toute tranquillité et en toute saison ? Et heureusement que ces conduites « apportent » leur « quota » sinon, ce serait une vraie calamité que cette « quête sempiternelle » de l’eau potable dont nul ne peut s’en passer ! Et les autres villages sont logés à la même enseigne ! En effet, la région reçoit sa « part » pratiquement tous les seize jours, quelquefois de nuit, parfois de jour. Et les quantités demeurent très insuffisantes pour les besoins ménagers d’une petite famille. Que diront les familles nombreuses ? Les abonnés se sont regroupés autour de leur comité de village et réclament une ponctualité des services et une quantité suffisante. Pour Mohamed, « le temps des citernes ne sera jamais révolu pour notre région ! », a-t-il déclaré en montrant le robinet de son domicile.
« Celui-ci ne pompe que de l’aire. Rien que de l’air, je vous le jure ! Ce n’est ni du jus ni de la limonade ! », ajouta-t-il en levant les bras au ciel. L’abonnement est déjà l’équivalent de 50 m3, tandis que la région reçoit à peine un mètre cube par service et par compteur. Les explications du service des eaux ne sauraient donner satisfaction aux revendications tant que les justificatifs feront référence à une pluviométrie insuffisante, au vol du matériel d’extraction et d’acheminement, tandis que tout le monde constate que l’eau potable jaillit un peu partout, surtout le long des routes, au gré des tuyaux percés qui attendent qu’on veuille bien les réparer. Si au moins cela pouvait relever d’un besoin d’équilibre et d’égalité dans l’approvisionnement. Mais les citoyens ne peuvent être convaincus puisque, dans d’autres secteurs plus chanceux (!?), les rues reçoivent périodiquement leur « douche salvatrice et purificatrice ». « Voir cela et ne pouvoir le vivre, c’est à en crever de jalousie et… d’envie ! Pourquoi a-t-il fallu que nos ancêtres s’installent sur ces pitons si hauts perchés si ce n’est pour qu’on soit privés de tout ! », a résumé un jeune citoyen.
Pour l’heure, chacun campe sur ses positions et les factures continuent d’arriver — selon leur flux continuel et habituel — à leurs destinataires pour rejoindre les précédentes. Et cela risque de durer encore longtemps.
Sofiane Mecherri
