Il s’appelle artistiquement Slym. Son vrai nom est Slimane Zerrougui. Il est la nouvelle voix de la chanson kabyle, évoluant dans le style “yal music”, Slym chante dans les deux langues Kabyle et française, et ce, dit-il, pour toucher un large public. Son nouvel album intitulé “Ô dis moi”, sorti nouvellement sur le marché algérien chez les éditions Belda, se veut être le nouveau souffle avec un parfum de renouveau. Non seulement slym opte pour le bilinguisme dans sa chanson mais aussi il prône le mixage et le métissage des sons et des genres pour obtenir un cocktail retentissant à la Slym-mania dont lui seul connaît bien la recette. Slym adore les choses moins simples, variées, et aime bien jongler avec les notes en butinant d’une couleur de style à l’autre comme un papillon excité par la vie qu’il juge toujours aussi courte pour la vivre à fond. Les mots et même les sujets n’ont pas de frontières : il en fait des passerelles pour facilement traverser, en l’espace d’un ton, d’une rive à l’autre, concrétisant ainsi un style de musique avec des intonations et des propos purement méditerranéens.
Originaire du village de Fenaïa (El Kseur), il a vécu à Alger, à Birkhadem. Il commence à fredonner de sa guitare offerte par son père en récompense à ces bons résultats scolaires à la maison de jeunes de sa ville natale où il a appris le sens du travail de groupe et la diversité musicale. Il s’installe en France en 1999 après un début de carrière déjà entamé en Algérie avec un album sorti en 1995 et intitulé “fellem arghigh alalla”.
Arrivé en France, il est confronté à une grande galère, la même que connaissent tous les “sans papiers” ou les nouveaux arrivés. Il consacre tout son temps à accumuler les petits boulots par-ci et par-là et son énergie à lutter pour sa régularisation qui n’a pas été facile. De l’asile au statut d’artiste reconnu, c’est tout un chemin long parsemé d’entraves et de blocages administratifs …
Son album actuel dont il en tire une grande fierté et qu’il intitule “l’album de ma galère” à été enregistré dans des circonstances presque incroyables. Parti avec ses créations modestes, il a dû interrompre plusieurs fois l’enregistrement, faute de moyens financiers. Au début, il édite trois chansons 2002 : Enfant de montagnes berbères, Jeunesse et Mon pays ; puis d’autres en 2004 : Venez tous et Rien ne changera, et cette année il a pu rajouter les deux autres qui manquaient pour compléter son album : Laissez-le et ô dis-moi. Cette dernière, qui est l’intitulé de l’album parle de la passion d’ aimer malgré la séparation :
ô dis-moi,
comment t’oublier,
c’est toi que j’ai su aimé
Laissez-le : (anafthas ) parle d’une personne éprise par l’amour d’une autre mais avec qui la vie est impossible demande à l’être aimé : “Comprend-le et aide-le à s’en sortir et pouvoir vivre sans toi”.
Venez-tous (iyaw) est une invitation à faire la fête en rapprochant les gens pour la réconciliation et mettre fin aux querelles, une chanson exubérante qui montre comment par la création des moments de joie on peut mettre fin à des conflits.
Rien ne changera est une chanson réaliste et philosophique à la fois, qui a trait à surmonter une déception d’amour et aller vers la reconstruction de soi.
Enfants de montagnes berbères (tharwa lahlal) est une chanson revendicatrice qui montre l’ attachement au pays natal mais se veut un vibrant hommage à ceux qui luttent contre l’injustice et la dictature établies et une dénonciation de la mafia politique financière
Jeunesse (thamzi), constat de son âge présent, relève ses regrets et toutes ses galères subies par l’exil.
Mon pays (thamourthiw) est un hymne à la patrie, un rappel historique concernant les chapitres manquant dans l’ histoire amazighe.
“C’est un album qui m’a coûté beaucoup de temps et d’énergie mais qui m’a appris que la musique est un sacrifice”, nous dira l’artiste qui rajoute : “J’aurais pu faire mieux si j’avais eu les moyens ; je suis tout de même content de mon travail, fruit de ma galère.
Cette œuvre est une carte de visite pour moi et j’espère qu’elle plaira au public”.
A rappeler que Slym cherche un producteur qui le prendrait en charge en France.
Djillali Djerdi
