Bicher, un village de montagne situé sur la rive droite de la Soummam, à une trentaine de kilomètres d’Akbou, a ressuscité à l’occasion de la fête du Mawlid Ennabaoui, une tradition ancestrale : Timechret. Une tradition dont il a été sevré pendant longtemps mais dont il n’a, à l’évidence, jamais réellement fait le deuil.
Il nous a fallu trois quarts d’heure de route environ pour rallier par voiture ce village aux confins de la wilaya de Bgayet. Le bon état de la route qui serpente à travers monts et vallées et le paysage verdoyant, par endroits drapé de fleurs, ont néanmoins admirablement raccourci la distance. Ali, originaire de Bicher, et bien que l’ayant quitté depuis des lustres, n’en garde pas moins l’esprit de clocher toujours aussi vif. « Il n’y a pas à dire, si jamais on dotait notre village de commodités nécessaires, j’y retournerai vivre sûrement », lance-t-il.
Malek, un autre enfant du village et qui a eu l’amabilité de nous y inviter, brûle d’envie de voir de près le barrage de Tichy Haff. Il nous faut pour cela un crochet par Tamokra. De ce belvédère, la vue sur la vaste étendue liquide est imprenable. Le village Bicher n’est plus loin. Nous y arrivons juste après la prière du vendredi. La place qui est à la fois l’âme, le cœur et le pouls du village grouille de monde. L’ambiance des retrouvailles est plutôt joviale : le sourire est sur tous les visages. Une courte visite chez le père de Malek, demeuré au village et l’on rapplique vers la placette. « Près de 70% des gens de Bicher ont déserté le village pour aller s’installer ailleurs », constate Malek, lui-même résidant à Akbou depuis une dizaine d’années.
Quatorze heures et des poussières. L’attirail est fin prêt. Le rite sacrificiel peut commencer. Les trois taureaux acquis pour la bagatelle somme de 40 millions de centimes sont conduits dans un enclos spécialement aménagé pour y être immolés. « Les têtes et les membres seront vendus aux enchères. Ils ont atteint à présent 8 000 DA », nous informe Ali. Et Malek d’enchaîner : « Les bêtes seront dépecées et réparties en lots (Thikhamine) demain matin ». Les pauvres auront droit à leur part de viande, sans bourse délier, naturellement. « Il y aura 250 lots pour un prix de revient d’environ 1 700 DA le lot », précise encore Ali. Deux heures passées !
La foule commence à se disperser non sans avoir fixé rendez-vous pour le lendemain.
N. Maouche
