L’économie D, ce n’est pas l’économie dirigée, basée sur le propriété généralisée de l’Etat, ce n’est pas non plus l’économie de marché, son contraire, basée sur le privé ; l’économie D, ce n’est même pas ce que l’on appelle, en Algérie, l’économie informelle, qui échappe à tout contrôle et qui vit de la fraude et de la contrebande, c’est l’économie de la débrouillardise. On n’a pas besoin, pour l’exercer, de disposer d’une fortune ni d’être sorti d’une université : il suffit de savoir se débrouiller, c’est-à-dire s’en sortir avec peu de moyens. On les voit partout, les partisans à cette économie. Dans les rues des villes, ils s’improvisent marchands de fruits, avec des étals de fortune, ou vendeurs de bonbons ou de cigarettes. Ils sont également gardiens de voitures sans posséder aucune patente : il suffit de se délimiter un parking (en fait un morceau de rue) et d’y exercers son autorité : l’automobiliste, qu’il le veuille ou non, est contraint de payer le stationnement. Durant le ramadhan, c’est le kelbelouz, les zalabias et les diouls qui dominent… Sur les routes, c’est le vendeur de plantes potagères, de galettes, ou, à la belle saison, de figues fraîches et de figues de Barbarie qui règne: le client est l’automobiliste, friand de ces choses d’antan, que l’on ne trouve pas dans les villes ou alors qu’on y trouve mais à des prix élevés. Et un peu partout, dans les villes comme dans les campagnes, des gens louent leurs services, pour peindre, faire des réparations, soulever des fardeaux… Dans ce système, tout est bon à prendre, pourvu qu’on se fasse de l’argent !
S. Aït Larba
