Deux gerbes de fleurs ont été déposées, tôt le matin du dimanche dernier, sur la stèle commémorative de l’attentat à la bombe qui a fait cinq victimes à l’entrée du marché hebdomadaire, le mercredi 15 mai 2002. Les familles Redjdal et Terrad de Tazmalt, la famille Hemlat d’Iouagranène, de nombreux amis des victimes de l’attentat terroriste ainsi que quelques délégués des archs et des militants du MAK, ont honoré la mémoire des défunts en déposant des fleurs devant la stèle érigée sur le lieu de l’explosion, avant de se recueillir, en fin de matinée, sur les tombes des victimes, dans leur village respectif. Déposée au-dessus du regard d’évacuation des eaux pluviales, situé à l’entrée nord de l’immense marché fréquenté par les citoyens des cinq wilayas qui entourent le gros bourg de Tazmalt, la bombe qui avait explosé vers 8 heures 50 min aurait pu faire un carnage, si son souffle n’avait pas été amorti par un fourgon de transport garé fortuitement juste au-dessus de la bouche de l’égout piégé. Redjdal Zaïdi, un jeune commerçant de Tazmalt (29 ans), Terrad Ali, un retraité de 78 ans, son petit-fils Hillal, écolier de 10 ans, Lesgaâ Boudjemaâ, commerçant ambulant originaire de la région de Bordj Bou-Arréridj âgé de 33 ans et Hamlat Belkacem, un artiste peintre de 32 ans, natif d’Aït R’zine, avaient laissé leur vie dans cet attentat aveugle parce qu’ils passaient par là, pour aller faire leur marché. Le souvenir de l’effroi, des scènes de panique et d’horreur, des images des corps déchiquetés, est encore vivace dans la mémoire locale profondément traumatisée. Des groupes de voyous, qui avaient alors intériorisé cette culture de la violence gratuite, qui avaient longtemps usé de la fausse alerte à la bombe pour créer un climat propice au vol à l’esbroufe et au chapardage organisé. Les parents des victimes qui, à l’occasion de cette commémoration, s’élèvent contre le silence et l’oubli, rappellent à tous les citoyens le devoir de mémoire contre la culture de l’amnésie. Elles demandent que des rues ou des places publiques soient baptisées des noms des cinq victimes du terrorisme, à commencer par le marché lui-même. Honneur à l’innocence, pourquoi ne pas donner le nom d’un jeune écolier, Terrad Hillal, au marché de Tazmalt ? C’était, de plus, un brillant élève comme en témoigne Slimane Adjtotah, le directeur de l’école Abdoun-Abdelkader, qui rend chaque année à cette date au nom de ses élèves et de ses travailleurs, un hommage posthume à l’assiduité du jeune Hillal, victime innocente de la barbarie.
Rachid Oulebsir
