Ce peuple n’est pas débile

Tous ceux parmi les candidats qui se sont succédé au perchoir de la réclame, ont exhorté le « peuple » à aller voter massivement et, de préférence, pour l’orateur. A l’exception des coalisés qui, eux, ne se préoccupent que de l’arithmétique inhérente au nombre de strapontins qui sortiront des urnes de ce jeudi comme du chapeau melon d’un magicien, tous ont plus ou moins relevé l’indifférence et le ras-le-bol affichés par ce « peuple », adhim, pour les uns, et escabeau, pour les autres. Mais, ce que la perspicacité et la clairvoyance politique de tous n’ont pas encore relevés, est que « tous » sont d’une manière ou d’une autre responsables du « je m’en f… ». Et si l’on remet les pendules à l’heure où les élections ne sont pas à l’ordre du jour, on retiendra judicieusement que le grand indifférent est ce politique qui n’est présent qu’aux élections et jamais dans les quartiers et villages. Ce peuple n’est pas si indifférent que ça et, encore moins débile. Il ne demande qu’à accompagner la République à bon port. Mais pas avec des aventuriers. Il tourne donc le dos à un discours opportuniste, en attendant et en espérant qu’un jour les politiques finiront par comprendre qu’en « démocratie, les dynamiques viennent toujours des peuples ».

Le ras-le-bol, lui, est amplement et désespérément justifié par une classe politique dont le discours ne pousse pas plus loin que le nombril et à la limite les 25 mètres carrés du salon doré. Un discours qui refuse d’assumer ses responsabilités et excelle dans l’art d’associer la chose et son contraire, le chaud et le froid, la Bourka aux droits de la femme, Allah ouakbar à Djazair hora dimoukratia, Kari Marx à El Afghani, l’idéal de Bacha au cauchemar d’Ali Belhadj… Un discours que regretterait un million de fois Yves le Coq des Guignols. Un discours qui ne se gêne pas d’insulter l’intelligence de ce « peuple ». Un responsable du FLN et non moins candidat aux législatives avait lâché devant le peuple venu l’écouter : « Je passerai avec ou sans vous ! ». Qui est débile ? Un autre candidat invitera le peuple à voter pour lui parce que, argumentera-t-il, il connaît des experts capables de réussir la prouesse de rabaisser le prix d’un paquet de cigarettes à 04 dinars. Si ce même personnage se porte candidat aux présidentielles de 2009, il nous promettra sans aucun doute de la cocaïne au prix d’un sachet n chemma n nghid. Et vive la République de Si Mohand Ou’Mhand ! En campagne pour les dernières municipales, un candidat promet un aéroport à Aïn Laloui- Pour ceux qui ne la connaissent pas, Aïn Laloui est une bourgade traversée par la RN 18 et coincée entre les communes de Aïn Hadjar et Aïn Bessem. – Qui est stupide ? Faut-il pour autant désespérer ?- Non, parce que cette khalouta politique est un passage obligé, estiment les vieilles démocraties.

En plus, ce peuple est garant. Et il finira par entendre une nouvelle voix et une nouvelle voie qui…

T. Ould Amar