Ahmed Benbitour appelle au changement

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Les élections législatives continuent de susciter la réaction, non seulement de la classe politique, mais aussi d’autres franges de la société. Ex-Premier ministre entre 1999 et 2000 de surcroît économiste émérite, Ahmed Benbitour, 60 ans, considère, dans une contribution sur les colonnes de notre confrère El Watan de jeudi dernier, que le faible taux de participation de 35% est un indicateur du décalage dans le niveau d’appréciation des réalités entre les gouvernants et les citoyens.

Partant d’un constat, il estime que l’Assemblée nationale n’a initié aucune loi durant les deux derniers mandats, nonobstant les prérogatives non négligeables que lui confère la constitution. « Dans la pratique, l’Assemblée nationale n’a presque pas exercé ces attributions et continue de voter, depuis 2000, des ordonnances sans débat et des budgets sur un prix de baril à 19 dollars US, loin des 54,64 et 65,85 dollars US réalisés en 2005 et 2006 respectivement. Elle laisse de ce fait une partie importante des recettes fiscales à l’usage discrétionnaire de l’exécutif », précise-t-il

L’ex-Premier ministre démissionnaire en 2000 pour des « immixtions » dans la gestion de son gouvernement souligne que le Parlement sert de fonction de maquillage pour une démocratie de façade avant de tirer la sonnette d’alarme sur la situation économique et sociale, du pays « préoccupante », selon lui, malgré une aisance financière jamais égalée auparavant. Exportateur de richesses, de capital humain et un importateur de pauvreté, l’Algérie continue de subir, dénonce-t-il, une saignée de ses compétences qui quittent le pays. M. Benbitour fustige, a cet effet, l’ordonnance qui interdit à un cadre supérieur quittant une entreprise, pour quelque motif que ce soit, d’aller travailler dans une autre entreprise du même secteur, durant deux ans.

C’est une atteinte très grave à la liberté fondamentale pour un individu de choisir son lieu de travail et le métier où il peut exercer au mieux, ses compétences. Il est très difficile d’imaginer un tel niveau d’incompétence dans la gestion d’un Etat.

C’est la preuve des errements de nos dirigeants dans la gestion des affaires du pays. “S’il y a une fuite des cadres supérieurs dans le secteur de l’énergie, et à un degré moindre dans les finances, ce n’est pas par l’interdit qu’il faut traiter ce phénomène, au contraire ! », s’insurge-t-il et qualifie « d’errements » le paiement anticipé de la dette extérieure à hauteur de 10,93 milliards de dollars US en 2006, préférant que ces mêmes ressources soient mobilisées pour la création de Petites et moyennes entreprises (PME) locales par la mise en place de fonds d’investissements et de banques d’affaires et la création d’emplois productifs permanents.

Virulent, M. Benbitour, technocrate sans appartenance politique précise, constate une « panne des réformes et de l’absence de gouvernance à tous les niveaux de la hiérarchie de l’Etat », d’ou son appel à l’impératif de changer « de régime, et pas seulement de pouvoir. » Sur un ton alarmiste, il indique que la nation est réellement en danger, en appellant à « plus de transparence, plus d’informations, plus de débats publics, plus d’ouverture des médias lourds à toutes les composantes de la société. »

Hocine Lamriben

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