Depuis une semaine, les champs sont pris d’assaut par les agriculteurs. Tous les moyens mécaniques et manuels entrent en action chaque jour, du lever au coucher du soleil à raison de 12 heures de travail/jour. Avec la moisson, la fenaison est une activité agricole dont le rendement et la qualité dépendent de la rapidité avec laquelle sont menés les travaux.
Plusieurs raisons entrent en jeu, d’abord les brusques perturbations atmosphériques fréquentes en cette saison, les averses de pluie détruisant le foin fauché et non encore engrangé et l’herbe sèche qui moisit rapidement au contact de l’eau.
Non encore fauché et passé un certain temps d’assèchement, le fourrage perd les grains de semence qui composent l’essentiel de la matière nutritive du foin.
D’ailleurs, la qualité est évaluée en fonction du taux de ces grains, ce qui explique l’habituelle fébrilité qui s’empare des paysans durant toute la période de fenaison et des moissons.
Les champs fourmillent de monde, faucheuses par ci, botteleuses par là, des tracteurs ou bêtes de somme lourdement chargées de bottes de foin qui circulent dans tous les sens.
Les petits agriculteurs, qui forment l’écrasante majorité de cette importante frange de la société, n’ont pas les moyens de louer les machines agricoles, dont les honoraires ne cessent d’augmenter d’année en année en l’absence d’une réglementation fixant les seuils de prestations (marché libre).
Aussi, ces petits fellahs se rabattent sur les moyens ancestraux : faux, faucille pour le fauchage, le bottelage se pratique à l’aide d’un trou creusé à même le sol de la forme d’une tombe et qui sert de moule pour façonner la botte. Un travail lent et extrêmement pénible, cette dernière opération est effectuée par au moins deux personnes car il faut d’abord « bourrer » le foin dans le trou ensuite le consolider à l’aide de fil d’attache en s’aidant de tenailles et cela sous un soleil de plomb.
Cette opération se fait par une aide mutuelle entre eux. Notons au passage que les honoraires des machines agricoles se présentent comme suit pour la saison de fenaison : cette année, faucheuse 700 DA/heure, botteleuse 35 DA/l’unité (botte), des honoraires hors de portée de la majorité des bourses insignifiantes des agriculteurs.
Les éleveurs sont obligés d’opter pour l’un ou l’autre de ces moyens pour en faire des stocks d’aliments de bétail en prévision de l’hiver et une partie de l’automne, périodes durant lesquelles les pâturages sont dénudés et n’assurent plus la pitance au cheptel. Le reste des agriculteurs, non éleveurs, mettent gratuitement les champs de fourrage à la disposition des éleveurs ou tout autre personne intéressée par le maigre bénéfice tiré de la récolte du foin.
Omar Soualah
