A la Biennale d’art contemporain de Venise, le premier pavillon africain

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Parmi la cinquantaine de pays qui présentent cette année des artistes au sein de leurs pavillons nationaux, « l’Egypte est le seul pays du continent africain », résume Simon Njami, Camerounais, commissaire de l’exposition intitulée « Check List Luanda Pop ».

« Ces pavillons sont une réminiscence des expositions universelles, à une époque où l’Afrique +n’existait pas+ dans le sens où, l’Afrique, c’était la France ou l’Angleterre » alors pays colonisateurs, explique-t-il à l’AFP.

« Mais c’est évidemment encore très paradoxal d’avoir un pavillon africain comme si cela se rapportait à un seul pays, alors que l’Afrique est un continent composé de 54 pays! », s’exclame Simon Njami.

« L’Occident découvre peu à peu que le monde est composé d’autre chose que l’Europe et l’Amérique, et qu’il existe des artistes africains incontournables », ajoute-t-il, racontant les premières participations africaines au festival « off » qui ont permis d’accéder enfin à la programmation officielle. Pour son entrée dans la Biennale, le pavillon africain a sélectionné une trentaine d’artistes issus de la collection Sindika Dokolo, la première collection africaine d’art contemporain de par son importance.

« C’est un peu choquant que l’Afrique n’ait pas été représentée plus tôt à Venise. Je me rappelle être venue à la Biennale en 2001 présenter plusieurs de mes travaux et je trouvais déjà plus qu’étrange que très peu d’artistes africains soient invités », souligne Minnette Vari, Sud-africaine, une des artistes invités.

Dans sa vidéo Alien, Minnette Vari se glisse, nue et tête rasée « pour se désexualiser au maximum », « dans les gestes et attitudes » de personnalités ou d’inconnus passés à la télé et qu’elle mime à l’infini. Avec L’écriture infinie, Bili Bidjocka, originaire du Cameroun, espère « collecter la plus grande archive d’écriture » jamais réalisée. Depuis un an, six de ses immenses recueils de mots, petites phrases et dessins déposés par les passants – des livres épais de 6.000 pages et présents sur les cinq continents – ont déjà été remplis.

« L’idée est de prendre son temps et d’écrire, en hommage au temps où on écrivait encore tout à la main. Un fois qu’un livre est rempli, on le ferme car ce n’est pas un livre à lire mais à écrire. Les phrases sont des objets trouvés. C’est un projet de vie. Une utopie », sourit-il.

Au pavillon africain, tous les artistes ne vivent pas forcément sur ce continent et ne sont d’ailleurs pas non plus toujours Africains. A l’instar du Chilien Alfredo Jaar, qui y expose une vidéo et travaille depuis de longues années sur l’Afrique, notamment le Rwanda.

« Il faudrait un pavillon pour chaque pays d’Afrique et non pas pour le continent, c’est injuste. Selon moi, c’est tout le système Biennale qu’il faut changer. En attendant, il faut que l’Afrique occupe tous les espaces qu’elle peut trouver pour montrer ce dont elle est capable », résume Alfredo Jaar.

Cette année, pour la première fois, le Lion d’or à la carrière sera décerné à un Africain, le Malien Malick Sidibé, 71 ans, photographe symbole du Bamako populaire.

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