Le travail précaire se généralise

Mise en œuvre en 1995 sur les injonctions du FMI, la contractualisation de la relation de travail a engendré dans de nombreux cas la précarisation des travailleurs du secteur public économique.

L’introduction du fameux concept de « flexibilité » formalisé par le CDD (contrat à durée déterminée) est censé résoudre le problème de pléthore des effectifs et, partant, garantir la rentabilité et la performance des entreprises.

Mais le recours abusif à ce nouveau mode de la relation de travail s’est accompagnée de flagrantes violations de la législation du travail induisant un nivellement par le bas manifeste des acquis sociaux du travailleur. Le cas de ces patrons usant et abusant du CDD sont légion à Bgayet. Autorité tyrannique et abus d’influence ont fini par installer le travailleur contractuel dans une relation d’allégeance voire d’asservissement au chef.

Les carrières professionnelles se gèrent autrement que par la stricte compétence et le savoir-faire à toute épreuve. Le népotisme faisant florès, des malotrus incultes sont promus à des postes de responsabilité alors que des compétences avérées sont isolées, privées de leurs droits (primes de rendement, d’ancienneté… ) ou carrément poussées vers la porte de sortie. Toute velléité qui se veut une jonction avec le monde des chimères est impitoyablement écrasée. Le droit à l’activité syndicale est bafoué. La moindre action de protestation expose son auteur à la résiliation pure et simple de son contrat de travail.

« La dépermanisation a considérablement affaibli la protection syndicale suite à la création de deux collèges au sein de la même entreprise : les travailleurs permanent d’un côté et les travailleurs temporaires de l’autre », souligne le responsable d’un bureau de l’Inspection de travail, qui avoue l’impuissance de ses services face à l’ampleur et au nombre des entorses à la législation du travail.

« Nous avons enregistré un grand nombre de plaintes que nous avons transmises à la justice pour instructions. Mais je tiens à vous préciser qu’au-delà des moyens de contrôle qui nos font cruellement défaut, nos services ne peuvent pas grand-chose face aux cas de travailleurs lesquels, de peur de perdre leur gagne-pain, se complaisent dans la résignation et la soumission », déplore-t-il.

Même les procédures de recrutement ne sont qu’une longue suite de coups tordus qui finissent carrément par tordre le cou aux dispositions légales en vigueur. « Tout se passe comme si certains patrons n’avaient qu’un seul souci en tête : s’entourer d’une armada de connaissances et d’amis fidèles, fussent-ils les moins qualifés et les moins compétents. Quant aux résultats de leur entreprise, ils s’en tamponnent le coquillard ! », fait remarquer notre interlocuteur.

Quant aux autres, tous les autres travailleurs, il ne leur reste que la maigre consolation du rêve. Celui qui verra l’avènement d’une ère où ils cesseront d’être ces exploités taillables, corvéables à merci et révocables au gré de l’humeur du chef. Même si rien n’est plus hypothétique que cette insensée espérance.

Nacer Maouche