Ceci est-il une impression ou une vérité ? A travers cette petite enquête, nous avons essayé de connaître un peu plus sur cette pièce maîtresse du système de la santé en général.
Les paramédicaux constituent, sans nul doute, la pièce incontournable de tous les soins apportés aux patients dans les CHU et les hôpitaux. Sont-ils les premiers « accusés », voire tenus pour responsables en cas de problèmes survenus aux patients ou simplement lors d’une défaillance du système médical ?
Eu égard à son rôle « prépondérant », le paramédical dans son action d’apporter des soins aux malades, tous les yeux sont braqués vers lui, même s’il ne représente qu’un maillon, certainement pas le plus faible de la chaîne des responsabilités.
La majorité des techniciens et des infirmiers que nous avons pu interroger par coïncidence dans divers services de santé affirmeront « nous sommes une chair à canon donc, les premiers à faire face et c’est la raison pour laquelle peut-être les malades ou les citoyens nous en veulent en cas de problèmes ». En effet, ces paramédicaux sont tenus de veiller constamment h/24 sur leurs malades et de donner l’alerte en cas de complications ou du moindre problème et là ils sont les premiers responsables. « C’est leur boulot et non celui du médecin », précisera un parent d’un malade rencontré au service de réanimation au CHU de Tizi Ouzou. Un service très sensible appelé communément « les portes de la mort », ajoutera ce parent. « C’est aux paramédicaux qu’incombe la prise en charge « directe » des patients ».
Une mission certes qu’ils ne veulent pas fausser. Ils s’occupent même de tâches qui ne sont même pas les leurs, car le système paramédical dans notre pays ne s’est jamais préoccupé de cette frange.
Selon des professionnels de la santé, il n’y a qu’un statut en la matière, élaboré en 1992, et ce statut n’a pas défini avec précisions les tâches et missions dévolues au corps paramédical, donc un texte élaboré d’une manière sommaire. Cette insuffisance peut être expliquée ou interprétée comme étant une autre forme de non-reconnaissance de cette frange. Pour d’autres, cette problématique est due à une mauvaise interprétation des lois qui régissent la profession. Les juristes avouent que les textes sont obsolètes, inadaptés et inexplicables. L’exemple le plus récent et concret est celui de la prime (ISS) où en Kabylie, particulièrement, n’a pas toujours été perçue et qui demeure source de conflits entre le SAP et l’administration… Bref !
La plupart des paramédicaux avec lesquels nous avons pris langue, avouent que leur malaise vient de là et ne demandent pas plus qu’une reconnaissance de la société, surtout lorsque l’on sait que pour plus de dix heures de travail quotidien, ces TS de la santé pour la plupart ne dépassent pas les 14 000 DA. Pis encore, les gardes qu’ils assurent ne sont pas rémunérées comparativement aux médecins, dentistes et autres personnels, etc.
« Avant tout, on se dit après tout on fait un travail humanitaire », balbutie un infirmier à l’hôpital de Larbâa Nath Irathen au bloc opératoire, avant d’enchaîner : « Même s’il y a chaque fois nécessité de revendications socioprofessionnelles, nous ne voulons pas prendre en « otage » les malades pour les faire aboutir ».
Un manque d’effectif criant
Nonobstant la considération sociale dont souffre le corps paramédical, ils se plaignent souvent du déficit des effectifs, en plus de l’emploi du temps chargé, visites des malades qui s’étalent toute la journée et qui perturbe le bon déroulement du travail. « La région de Kabylie, en particulier celle de Tizi Ouzou, est dotée d’un corps paramédical (et médical) de très bonne qualité, le comble, c’est qu’il n’y a personne pour le dire », nous confie une fois un médecin spécialiste au CHU de la ville des Genêts.
Tous les jours ou presque, des dizaines parmi ces TS et même parmi les médecins, demandent des attestations pour changer de ciel, avons-nous appris dans ces milieux de la santé.
Leurs destinations sont généralement le Canada ou la France. Ce dernier pays qui éprouve un besoin crituque et qui souffre d’un déficit de plus de 40 000 infirmiers recrute ces « fugitifs » à très bon marché, nous explique-t-on encore.
En fait, ces Kabyles sont recrutés dès leur arrivé comme aide-soignants. Pour terminer, tout le monde par contre s’accordera à dire que la qualité des soins dépend exclusivement des moyens que met en place la tutelle. les soins coûtent très chers et l’Etat ne met plus les moyens d’il y a un peu plus d’une décennie.
D’où le sentiment de malaise généralisé, tangible à tous les niveaux, affirment-ils. De toute évidence, nul ne peut contester le fait que soigner un malade est l’effort de tout un groupe. Donc, les bons et les mauvais points distribués doivent être partagés par tous, comme dans une équipe de football.
S. K. S.
