Conflits et médiation, une coutume à préserver

Partager

La société kabyle s’est, depuis la nuit des temps, distinguée par un système d’organisation, d’une vie communautaire régie par des lois élaborées en commun et strictement respectées. Parmi ces lois, citons à titre d’exemple celle régissant les conflits et les modalités de médiations entre les belligérants qui aboutit sur l’instauration d’un comité des sages (Thadjmaâth), les membres de ce “tribunal traditionnel” sont sélectionnés en fonction de leurs qualités, de leur poids et influence sur la société. Une fois confirmés, la population les propulse au statut de notables dont la première mission consiste à régler le maximum de conflits sociaux sans procès de justice dans les tribunaux. Cette médiation interne est encore omniprésente dans les us et coutumes des Kabyles. Sa valeur et son utilité gardent la même importance pour peu que l’Etat continue à la soutenir. Il existe une autre coutume profondément ancrée en Kabylie, les personnes qui arrivent à la barre et s’affrontent au tribunal ne se réconcilieront jamais même lorsqu’il s’agit des frères des mêmes mères et pères, une autre coutume qui commence également à reculer est celle qui voit une femme s’adresser à la justice pour obtenir un divorce et qui ne serait jamais demandée en mariage par un autre homme. Ce sont là quelques séquelles apparaissant quand le conflit n’est pas réglé à l’amiable et dépasse le stade de la première procédure (dépôt de plainte) judiciaire. La société kabyle en faisant appel aux notables évite aux belligérants des scandales qui une fois rendus publics leur colleront à la peau durant toute leur existence et engendreront une haine éternelle. Par leurs bons offices, certains notables parviennent habilement à transformer un conflit en un renforcement des liens d’amitié entre les adversaires et bien souvent la touche finale du scellement de cette amitié est apportée autour d’un couscous garni d’où la légendaire expression “la nourriture et le sel” (Thagoula dth lamlah) qui est toujours de mise. L’Etat a tout à gagner en encourageant ce genre de coutumes toujours d’actualités particulièrement en Kabylie profonde et zones rurales.

Omar S.

Partager