Leur nombre (des milliers) était moins impressionnant que leur âge. Plus de 50% des personnes qui se sont déplacés hier à Taourirt Moussa avaient moins de 25 ans. Donc, en 1998 elles avaient moins de 16 ans. Karim, Lakhdar et Hacène en ont tout juste 22 c’est avec eux que nous prenons le fourgon vers Ath Douala à 10h. La chanson « Salaâvits ayavahri » qui nous accompagne impose le silence au début. Mais quand nous arrivons à Tala Bouamane, les langues se délient et nous découvrons que la majorité des passages sont au rendez-vous anniversaire. Les trois jeunes menèrent le rebelle malgré leur jeune âge.
Une fois à Ath Douala, ils s’empressent d’adhérer un appareil photo. Ces trois jeunes venus d’Azazga achètent aussi des cartes postales avec la photo de leur idole. Dans le fourgon qui descend vers Taourirt la chaleur est vite oubliée grâce aux chansons de Lounès.
Vu le monde fou qui a atterri dans le village, les transporteurs sont obligés de garer à environs 100 mètres au lieu de la commémoration. Les trois fans d’Azazga, gagnés par l’euphorie courent pour se recueillir sur la tombe du rebelle. Difficile de se frayer un passage. Une foule compacte se forme aussi dans le garage où est stationné la Mercedes de Lounès, criblée de balles. Dans la salle des compositions, l’air est irrespirable vu le nombre de visiteurs. Les bénévoles de la fondation qui tentent de mettre de l’ordre sont débordés. Une vieille est assise à côté de la statue du Rebelle. Elle brandit un cadre avec la photo de ce dernier. Les chansons de Lounès sont diffusées à gros décibels. Malgré la chaleur suffocante les visiteurs se déplacent dans tous les sens. Ils cherchent des photos inédites. Certains veulent rencontrer sa mère Aldjia Matoub. Aucun chanteur n’était présent à la cérémonie, ni aucun chef de parti politique.
A 11h 15, des bus et des fourgons continuent de déverser des marrées humaines. Ils sont venus de Chemini, d’Akfadou, d’Akbou, de Feraoun, de Sidi Aïch, de Msila, d’Alger, de Boumerdès et des quatre coins de Tizi Ouzou. Une minute de silence, sur fond de la chanson Aghuru, est observée. Le porte-parole de la fondation, Nordine Medrouk et la mère de Lounès exigent dans leur intervention que la vérité, soit faite sur cet assassinat qui neuf ans après avoir été perpétré demeure impuni.
A 15 heures, quand nous quittons Taourirt, ils arrivaient encore, les enfants du Rebelle. Ni Nouredine, ni Naïm, deux parmi les éléments actifs de la fondation n’ont pu évaluer le nombre de « matoubistes » qui ont fait le déplacement hier à Touarirt pour dire combien Matoub n’est pas mort.
Aomar Mohellebi
