Un ex-gardien de la prison d’Azazga crie au complot

Il annonce qu’il entamera sa troisième grève de la faim dès cette semaine. Il réclame sa réintégration à son poste. Il veut surtout comprendre pourquoi on a mis fin à ses fonctions.

Amar Zerar ancien gardien de prison à Azazga, dit avoir été licencié abusivement et que le directeur général de l’administration pénitentiaire (DGAP), refuse de le rétablir dans ses fonctions en dépit de plusieurs correspondances du procureur général de Tizi-ouzou.

Le concerné qui s’est présenté à notre rédaction, muni d’un tas de documents, n’est pas allé de main morte pour déverser ses ressentiments envers la personne qui s’oppose à la reprise de ses fonctions. M. Zerar s’en prend vertement au directeur général de l’administration pénitentiaire  » à l’origine de (son) blocage.  » il accuse également l’ancien directeur de l’Entreprise des travaux publics (ETP), d’être l’instigateur de son malheur, alors qu’il était détenu à la maison d’arrêt d’Azazga.

Les péripéties de ce père de famille, qui a à sa charge cinq enfants âgés entre 18 mois et 18 ans, ont commencé en mars 2001 alors qu’il étais agent de rééducation au pénitencier d’Azazga. Accusé d’avoir violenté un prisonnier, et d’avoir refusé de rejoindre son poste à Laghouat, le concerné réfute catégoriquement ces  » allégations  » et dit être victime d’une machination orchestrée par l’ancien directeur de l’Entreprise des travaux publics,  » actuellement incarcéré pour une affaire de corruption où il purge une peine de six ans d’emprisonnement. « 

Au moment où son histoire commence à prendre une tournure médiatique, puisqu’il a entamé une grève de la faim de 11 jours, en juillet 2001, face à la maison de la presse  » Tahar- Djaout  » à Alger, le ministère de la Justice par le biais de la DGAP avait réagi publiquement en évoquant les raisons de sa révocation.

Ainsi, selon la déclaration de la DGAP, reprise par notre confrère Le Soir d’Algérie,  » la révocation de M. Zerar, agent de rééducation, de son poste tient à des motifs d’ordres professionnels.  » Et d’expliquer  » M. Zerar a fait l’objet d’une mutation de l’établissement d’Azazga vers celui de Laghouat, par mesure disciplinaire : Pour mauvais traitement sur un détenu en date du 13/03/2001 (…) après quatre mises en demeures sommant M. Zerar de rejoindre son poste  » qu’il a  » maintenu son refus de rejoindre son poste.  »

Choses qu’il réfute catégoriquement en mettant en avant ses propres arguments :  » S’il y avait agression sur détenu, celui-ci aurait établi un certificat médical auprès du médecin de la prison et aurait ensuite porté plainte de son propre chef ou par le biais de sa famille. Or rien de tout cela ne s’est produit  » se défend-il avant de préciser au sujet de sa mutation qu’il l’avait exécutée en date du 8 avril 2001. Sauf que ce jour- là, un quiproquo survient : M. Zerar apprendra son licenciement le jour même de son installation à la maison d’arrêt de Laghouat.

C’est à partir de ce jour justement que commencent la mésaventure de ce père de famille partit en quête des vraies raisons de sa révocation. Ne voyant pas venir les explications sur son licenciement, il entama alors une grève de la faim de 11 jours face à la maison de la presse à Alger, le 19 juillet 2001.

 » Durant la période de sevrage, une délégation des Archs est venue me voir et m’ont promis de prendre en charge mon cas. Chose qu’ils ont fait,lors du processus du dialogue entrepris avec le chef de Gouvernement en 2005 « , dira- t-il.

Dès lors, l’affaire Zerar sera incluse au même titre que celles concernant les délégués du Mouvement citoyen révoqués de leurs postes de travail pour leur appartenance au mouvement, pour qui une décision de réintégration fut prise par la chefferie du Gouvernement. Une correspondance avait été ainsi envoyée par le chef du Gouvernement au wali de Tizi-Ouzou en date de 10 septembre 2005 sous le

n° 2071 intitulée  » Affaire Zerar Amar  » en vue de rétablir ce dernier dans ses fonctions. Le wali, de son côté, saisira le procureur de la République via un document daté du 19 décembre de la même année frappé du sceau  » confidentiel « , pour  » le rétablir dans ses fonctions et lui payer ses arriérés de salaires. « 

Rien n’est fait. Même si le procureur de la République avait transmis la directive du chef du Gouvernement, trois fois de suite, au ministère de la Justice, celles- ci ont buté au silence- radio de la direction générale de l’administration pénitentiaire, seule habilité à rétablir M. Zerar à son poste de travail.

« Une autre correspondance du gouvernement envoyée au ministre de la Justice en date du 2 juillet 2006 sous le n° 4630 a eu le même écho. Le DGAP a refusé aussi de recevoir mon avocate « , s’insurge M. Zerar pour lequel la grève de la faim est  » la dernière cartouche à tirer.  »

Suite à quoi, poursuit-il,  » j’ai décidé d’aller moi-même voir le DGAP, que j’ai rencontré devant le portail de l’institution. Celui-ci m’a reconnu de suite avant de me lâcher à la figure avec mépris :  » si tu veux que ton cas soit réglé, tu dois d’abord monter au djebel. « Et c’est à partir de là que j’ai décidé de m’adresser directement au chef de l’Etat, car au moment où lui déployait des efforts considérables pour réussir sa politique de réconciliation nationale, certains fonctionnaires relevant du ministère chargé en premier de sa mise en œuvre incitent les gens à prendre les armes ! »

La réaction de la présidence de la République était aussi vague que passive au même titre d’ailleurs que celle qu’a réservé la chefferie du Gouvernement au lendemain de la désignation de Abdelaziz Belkhadem en juin 2006. Ce dernier, contrairement à son prédécesseur, s’est contenté d’orienter le plaignant vers le ministère de la justice  » de qui relève votre cas. « 

L’intervention du député RND, Tayeb Mokadem via une demande d’arbitrage au profit de M. Zerar, adressée au ministre de la Justice, Garde des sceaux le 30 janvier de l’année en cours dans laquelle il  » l’adjure d’intercéder au profit du dénouement de l’affaire  » et de lui rappeler que des décisions de réintégrations ont été prises en haut lieu sans qu’elles ne soient exécutées.  » Aucune suite n’avait, non plus, été donnée aux sollicitations du député Mokadem.

Lors de sa présence dans notre rédaction, M. Zerar n’a pas cessé de faire le lien entre sa mésaventure et l’incarcération de l’ancien directeur de l’ETP à Azazga.  » Aujourd’hui Dieu a montré le vrai visage du directeur de l’ETP qui a monté une cabale contre moi. Il est inculpé pour corruption, que je n’ai pas arrêté de dénoncer pendant son incarcération à la maison d’arrêt d’Azazga « , dira- t-il.

Ainsi, voyant pratiquement toutes les portes fermées devant son cri de détresse, et celui de ses enfants dont l’ un est handicapé, M. Zerar, et après avoir été reçu pour la dernière fois par le procureur général près la cour de Tizi-Ouzou lequel lui a établi un P-V d’audience, s’en remet désormais à l’option fatale qui est la grève de la faim, une action aussi périlleuse que radicale dans la mesure où il affirme la mener jusqu’à sa réintégration.

M. A. T