L’EPB et les services de l’environnement épinglés

Les résultats des analyses de l’eau de mer et du poisson retrouvé mort dans l’enceinte de l’arrière-pont viennent de tomber. Ils font état d’une eau polluée (ce n’est pas une nouveauté), avec une suspicion de H2S (Hydrogène de sulfate) probablement remonté avec la vase. Quant au poisson, il est mort par asphyxie, les branchies colmatées de boue. Cause première : le draguage. Aucun doute la-dessus ! Notre source, proche des services de l’APC, n’a pas manqué de fustiger ceux qui ont décidé de l’opération et ceux qui ont délivré les autorisations nécessaires au draguage en tenant à l’écart l’APC. « Avertis à temps et connaissant les effets induits par toute opération de ce genre, nous aurions pu édicter toutes les mesures nécessaires à la mise en quarantaine du site dès les premières heures de la catastrophe », ajoute notre source. Notre interlocuteur, tout en se disant parfaitement conscient des effets collatéraux générés par toute opération similaire n’en pense pas moins qu’il y a un temps pour effectuer ces travaux de manière à occasionner le moins de dégâts possibles, et que les conditions actuelles s’y prêtent peu avec les fortes chaleurs qui font que le poisson s’agglutine au port. L’inertie des pouvoirs publics est un autre aspect de cette histoire puisque le poisson pourrit. Cela est d’autant plus vrai que six jours après qu’un bénévole eut signalé l’importante quantité de poissons morts, flottant à la surface de l’eau, aucune mesure n’a été édictée allant dans le sens du simple principe de pollution. Il est d’ailleurs trop tard, car la quantité de poisson a été sortie de l’enceinte et vendue à Bgayet. Le danger est double en ce sens qu’aux premières heures de l’hécatombe et en l’absence d’analyses, personne n’étant donc en mesure et d’anticiper sur les raisons ayant conduit la faune marine à mourir en masse et qu’en conséquence mieux vaut ne pas y toucher d’une part, et que d’autre part, catastrophe écologique ou pas, la pêche dans ces eaux quoique interdite, les grands panneaux de l’EPB avertissement de la non-commestibilité du poisson faisant foi, est tolérée. L’équation devient simple, poisson pêché ou poisson mort, il demeure impropre à la consommation. Quant au service de l’environnement de la wilaya, interrogés sur les résultats de leurs propres analyses, il avance la thèse d’une pollution excessive générée par le draguage de fonds marins. « Cette opération a remué des surfaces contenant des métaux lourds, hautement toxiques. C’est ce qui a entraîné la remontée de la vase et la mort par asphyxie de la faune marine ». Voilà en substance les confidences d’un ingénieur des services de l’environnement relevant de la wilaya qui a, par ailleurs, requis l’anonymat. Puis épinglant, l’EPB, il ajoute : « l’EPB, en nous avertissant trop tard n’a pas fait son travail ». Puis, enfonçant davantage le clou, il affirme : « L’information nous est parvenue non pas par le port, mais par un particulier ». Concernant les mesures de précautions qui n’ont, à ce jour, pas été prises et la certitude qu’une quantité de poisson est sortie de ces lieux pour se retrouver sur la table du consommateur qui, on s’en doute, est à 100 lieux de connaître la provenance de la belle pièce à laquelle il fait honneur, notre interlocuteur n’a pas souhaité s’exprimer, se contentant d’un laconique : « On a été pris de court ». Cette manière d’agir, de faire nous ramène vers une autre catastrophe qui s’est produite le 10 septembre 2004 et qui a eu pour cadre de lac Tamelath, cette zone humide d’intérêt local. L’on s’en souvient, la faune aquatique (anguilles, barbots, tilapias) a été décimée d’une manière qui n’a jamais été élucidée et encore moins portée à l’attention des citoyens. C’est à peine si les services de l’environnement ont avancé l’hypothèse d’une algue tueuse, puis d’une élévation soudaine de la température due à la putréfaction de la flore, nonobstant la coloration de l’eau que plusieurs témoins oculaires ont relevé. Il faudrait peut-être un Bophal bis ou un autre Sévereso pour qu’enfin la vérité, toute la vérité, soit portée en temps utile au citoyen. La prévention, c’est tout juste un manchon pour les « catastrophistes » et autres « prophètes de malheur » !

Mustapha R.