La décision du Comité des droits de l’Homme de l’ONU, jugeant » illégaux » les procès de Abassi Madani et de ses pairs, a été rendue publique au début de cette semaine. Cette décision vient suite à la plainte déposée par la famille de l’ex-numéro un du parti dissous, en mars 2003. Des réactions ne se sont pas fait attendre. Ainsi, Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale de protection et de promotion des droits de l’Homme en Algérie (CNPPDH), a considéré que cette décision « est une ingérence dans les affaires internes de notre pays ». Me Ksentini estime, par ailleurs, que remuer un passé douloureux, « est un mépris des efforts consentis par l’Algérie afin de réussir la réconciliation ». Le président de la CNPPDH, a ajouté que cette sortie de Abassi « n’est pas fortuite et elle se positionne contre le retour à la paix ».
De leurs côtés, les familles des victimes du terrorisme estiment que, la sortie médiatique de Abassi Madani est une « provocation et une insulte à la mémoire des victimes ». Dans une déclaration rendue publique au courant de cette semaine, signée par Abassi Madani à partir de son exil qatarie, le fondateur de l’ex-FIS, estime que la décision du Comité onusien « est une reconnaissance internationale de l’injustice subie par les dirigeants, militants et sympathisants du FIS ». Faut-il rafraîchir la mémoire à Abassi et lui rappeler ces milliers d’Algériennes et d’Algériens égorgés ou brûlés vifs par les sbires des GIA et AIS, suite au conditionnement des troupes qu’il a lui même effectué, tout au long d’un parcours politique, dont les maître-mots sont la haine, l’intolérance et la violence.
D’autre part, le leader du parti responsable de la décennie noire, rappelle que l’Algérie est signataire du Pacte international sur les droits civils et politiques et de ce fait, « l’Etat algérien, civilement responsable, offre le droit à ses citoyens de saisir ce Comité et de chercher ainsi une réparation de l’injustice subie ». L’inspirateur en chef des groupes islamistes armés reconnaît enfin les vertus des droits de l’Homme, après quinze années de terreur et de sang.
Dans sa missive, Abassi a, toute honte bue, plaidé pour le principe qui consiste, selon lui, à « réparer le préjudice par une indemnité ». S’agit-il là de demander aux forces de sécurité, aux patriotes et aux citoyens anonymes qui ont défié les lames des épées, sables et couteaux des Hattab et autres sanguinaires indemniser les bourreaux de l’Algérie ? Ou s’agit-il de demander des excuses aux égorgeurs et violeurs de femmes ? Evoquant son passé révolutionnaire pendant la guerre de Libération, le président du FIS dissous, a souligné que « j’ai toujours été contre l’internationalisation de l’affaire et contre l’intervention étrangère dans les affaires algériennes ». Là aussi le leader du FIS a sciemment balayé l’affaire des milliers de jeunes Algériens envoyés s’entraîner dans l’art de la terreur en Afghanistan au débuts des années de braises.
Par ailleurs, le cheikh estime que, la véritable solution réside dans « l’amnistie générale » ou « la vérité et la réconciliation », prône-t-il. Tenant compte de la décision onusienne et la sortie médiatique controversée du chef de l’ex-FIS, Yazid Zerhouni, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, a déclaré que « c’est à Abassi Madani d’indemniser les familles victimes du terrorisme ». Zerhouni a indiqué qu’au vu de la loi, Abassi Madani est touché par les dispositions de la Charte pour la paix qui interdit toute activité politique pour les personnes responsables de la tragédie nationale, a-t-il expliqué.
Rappelons que Abassi Madani a été arrêté et condamné le 30 juin 1991, suite à l’appel à la grève insurrectionnelle dont il était l’initiateur avec d’autres militants du FIS. Il a été condamné à 12 ans de prison ferme avant d’être assigné à résidence surveillée à partir de 1997.
Abassi Madani qui a soutenu le processus de la réconciliation nationale prôné par le président de la République n’a cependant jamais condamné officiellement les groupes armés qui sèment la mort depuis le début des années 90. Abassi Madani vit actuellement au Qatar où il fait des apparitions publiques ou pour commenter l’actualité politique nationale notamment grâce à la Chaîne Al Jazeera, réputée pour son hostilité envers l’Algérie.
Mohamed Mouloudj
