Mots d’ire, de rire et de délire 2eme partie

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l Jamais ce concept technique propre à la sociologie électorale n’a été manié avec autant de dépit, d’appréhension et de malaise qu’à l’occasion des élections législatives du 17 mai 2007.

Abstention…

Le ministre de l’Intérieur s’est permis toutes sortes d’exégèses pour expliquer le refus de 65% du corps électoral de se rendre aux urnes. Le cours magistral commença le lendemain du jeudi 17, c’est-à-dire le vendredi 18 mai au Centre international de presse. M.Zerhouni, visage comprimé par une fausse sérénité, se lança dans une ‘’dissertation’’ qui a permis de couper les cheveux en quatre et d’introduire des distinguos entre les types de scrutins qui mobiliseraient des électeurs différents. Pour lui, les locales et les présidentielles sont plus à même d’ameuter les populations pour voter que les législatives. Ces dernières seraient vues comme une abstraction politique qui se concentre à Alger. Pourtant les candidats sont issus des bourgades et hameaux d’Algérie. Pas totalement satisfait de cet exposé des motifs, il finira par accabler les partis politiques pour n’avoir pas su mobiliser les électeurs et pour avoir été gérés par des ‘’salonnards’’. D’ailleurs, cette échappatoire lui servira, quelques semaines plus tard, à proposer à la nouvelle Assemblée populaire nationale des amendements de la loi électorale et de la loi sur les partis allant dans le sens de la restriction de l’activité politique.

Pourtant, avec le flop électoral du jeudi 17 mai, l’histoire politique de notre pays a subi une terrible déconvenue qui somme le pouvoir politique de se réformer et la classe politique de se redéfinir. Qu’on se garde de mésestimer cette faille qui fragilise davantage la maison Algérie. Avant d’être strictement politique, la fracture est d’abord culturelle et sociologique. Elle pose une nouvelle fois la problématique de la relation entre gouvernants et gouvernés, entre le peuple et son élite, et, enfin, entre la société et l’État comme l’explique l’analyste Bourhan Ghalioun en parlant d’un conflit historique, latent et durable qui dresse “l’Etat contre la Nation’’ dans la plupart des sociétés de l’aire géographique arabo-musulmane. En révolutionnaire perspicace, Mohamed Boudiaf, appelé à la rescousse en janvier 1992, n’a pas jugé utile d’organiser de nouvelles élections après l’annulation du scrutin qui avait consacré le FIS avec une majorité absolue. Il prit sur lui de mettre en place un Conseil consultatif désigné et il en assuma le choix. Ce n’est nullement par mépris pour le suffrage universel. Au contraire, il tenait tellement l’acte de vote en haute estime qu’il jugea que le contexte de l’époque manquait visiblement de maturité.

C’est à Mostaganem, où il accompagnait le président de la République dans sa visite à l’Ouest du pays, que Zerhouni mit le grappin sur une solution qui est censée élucider pour lui le phénomène d’abstention. Estimant que les Algériens ont la bougeotte, il fait incomber leur réticence à se rendre aux bureaux de vote à leur changement fréquent d’adresse. Et c’est ainsi que le responsable de l’Intérieur conçut un questionnaire qu’il lut face à la presse et aux caméras de la Télévision. “Nous posons une question claire aux électeurs : habitez-vous toujours à l’adresse indiquée sur le registre électoral” ? Les commentateurs de la presse et les partis politiques n’ayant pas eu le cœur à verser dans l’humour ou l’ironie, ont vite suspecté l’administration de revenir aux anciennes méthodes de la police politique pour faire peur aux citoyens. C’est à ce titre qu’un caricaturiste bien connu sur la place d’Alger se permis quand même ce trait d’humour : “Les abstentionnistes auxquels s’adresse Zerhouni sont-ils ceux du 17 mai ou ceux des prochaines élections locales” ? Au pays de Fellag, il y a des risques dérisoires à ce qu’on meure de chagrin. La dérision est la thérapie nationale.

Amar Naït Messaoud

(A suivre)

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