La salle de cinéma Youcef Abdjaoui agonise

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L’écran affiche quelques vieilleries et hop! place au désert culturel, un désert qui laisse les gens à leur soif insatiable.Le pays de Rouiched tarde à prendre au sérieux le septième art ou plutôt, l’art tout court. Peu d’espaces sont consacrés à la culture, parfois malgré la présence de ce lieu de lumière, faute de bonne exploitation, les choses reviennent au «point zéro» comme le redit chaque jour le confrère Chawki Amari.L’Algérie d’aujourd’hui semble perdre tous ses repères, les terribles changements qui se succèdent sur sa terre laissent des séquelles indélébiles. Avec le temps, les citoyens ne ressentent plus le besoin des choses culturelles ou presque.Les autorités qui bâtissent des mirages se sont consacrées aux substantielles des préoccupations de la population.Sidi Aich est une petite ville de la vallée de la Soummam qui abrite, relativement, un nombre important d’habitants. C’est aussi le carrefour des régions limitrophes, les montagnards d’Adekar, d’Akfadou et d’ailleurs viennent ici pour fuir le «dégoûtage» des villages. Cependant, leur fuite n’est pas toujours salvatrice puisque «Tamdint n wassif» ne leur offre pas grand chose.La salle de cinéma Youcef-Abdjaoui est l’un des rares espaces d’évasion pour les jeunes et les moins jeunes. Les personnes qui fréquontent l’endroit ne se bousculent pas, leur nombre ne dépasse presque pas la vingtaine.A l’intérieur de la bâtisse, le laisser-aller est palpable, d’abord par l’absence d’hygiéne, puis par la dégradation du lieu. On ne peut même pas s’asseoir sur certains strapontins vu leur état. Rarement des activités culturelles marquent leur présence, pour couper court à l’interminable silence-radio.Dans ce processus, des chanteurs célèbres avaient envoûté le public de la région à l’instar de Ali Ideflaven et Si Moh.La salle de cinéma Aliouche-Youcef propose quand même des films. Une initiative qui mérite d’exister au-delà de toutes les lectures des uns et des autres.Cependant, il n’y a que des films piqués sur des chaînes de télévisions étrangères. Le problème qui se pose, c’est que rien d’inédit ne s’y trouve. «Je viens ici deux à trois fois par semaine pour voir des films. Je les ai tous vus, mais lorsqu’on n’a rien à faire, c’est envisageable. Pour moi, c’est une manière de passer le temps, ou plutôt de le tuer», estime Salim, un jeune de la ville.«Normalement, avoir une telle salle, c’est vraiment une précieuse opportunité. Malheureusement ceux qui sont chargés de veiller au bon déroulement de cet espace ne sont pas encore près de passer à l’action. Dans d’autres pays un tel endroit est une pépinière, où on peut vivre pleinement avec les créations artistiques les plus récentes», enchaîne la même personne.La salle de cinéma de la ville de Sidi Aïch n’est pas la seule à être en marge de ce qui se fait dans le domaine de l’image ou ailleurs. Même certaines bâtisses du septième art qui se trouvent dans les grandes villes du pays, et même dans la capitale, sont sur la même voie.Cependant, cette situation ne peut pas s’imposer comme une règle inamovible. Revaloriser la chose culturelle, et permettre aux jeunes de se distraire et de s’instruire c’est aussi le devoir des pouvoirs publics, même si ce genre de préoccupations n’est pas encore à sa juste valeur. Les citoyens aussi peuvent apporter leur touche, consacrer des efforts un tant soit peu pour contribuer au patrimoine humain. Même avec de petits pas.

Mohamed Cheri Zirem

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