Xezget !

l «Xezget !», laisse échapper le grand-père Dezdeg en lisant «la société civile s’est rassemblée contre le terrorisme». Il froisse presque le journal et demande à sa belle-fille Sekkura : «Amek ihi, ramadan c’est demain ?», Pas sûr. Le hilal n’a pas encore été vu dans le ciel dégagé d’El Oued. Mais cela va être confirmé ou infirmé d’un moment à l’autre. La zéro a actionné l’ensemble de ses satellites intergalactiques faits de chair, de sang et de barbe (encastrée ou pas). Notre chachaï passe à côté de tous les événements mais jamais à côté du hilal de Oued Souf.

La porte s’ouvre et se referme derrière le petit-fils Mamou, l’étudiant au DLCA de Tizi-Ouzou. Le ajerrid n tuqqnaï tient toujours la route du protestantisme. Il prépare son mémoire de fin d’étude. Son travail est intitulé : «Jésus serait-il amazigh ?» Mamou va s’asseoir à côté du grand-père Arezki. Ce dernier lève la tête, ajuste sa chemma coïncée entre la lèvre inférieure et la gencive et… «xezget !» murmura-t-il comme dans une page jauni d’Arlequin. Lamine, fils cadet des Dezdeg et étudiant à l’université de Constantine, est toujours dehors. Lui aussi est sur un mémoire intitulé : «99 vierges au bout l’abstinence».

Mima, la benjamine des Dezdeg est dans la salle de bain en train de tripoter son Nokia. Elle attend l’appel de Papich, son nouvel amoureux. Le mobile sonne. Mina décroche et y déverse un kabyle algérois volé à des slogans de tee shirt «Saha ramdan-ik, aemri», conclut-elle. La porte du F2 aménagé en F6 s’ouvre pour la seconde fois. C’est Chaâbane le père de famille qui rentre de sa… retraite. Depuis que le dissident du Front des Forces pour la Culture et la Démocratie a déposé sa casquette de postier, il passe son temps à analyser l’actualité politique autour d’une partie de dominos. Chaâbane va s’asseoir à côté du grand-père, dépose la zlabia sur la maïda et invite le vieux Rezki replongé dans la lecture du journal à y goûter. «xezget ! âni d zlabia n Lausanne ?»

yettkemmil

T. Ould Amar

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