Le débat, ou plutôt la guéguerre, entre » réconciliateurs et » éradicateurs » est sûrement dépassé. Plus que dans l’évolution des choses, c’est peut-être dans les malentendus de départ qu’il faut chercher ce dégel. Si une certaine décontraction des rapports entre deux regards sur la crise algérienne, tellement antagoniques et hégémoniques sur la scène nationale, qu’ils étaient promis à déterminer l’essentiel des enjeux politiques pendant de longues année, est aujourd’hui évidente, cela ne provient pas pour autant de l’effort dans le compromis si indispensable pour rapprocher des idées et des hommes en apparence trop éloignés les uns des autres. Avec le recul, tout le monde a fini par se rendre compte que le fossé n’était pas large pour justifier les dérapages qui ont » casé » d’authentiques démocrates dans l’infamante grille des pro-islamistes et réduit d’autres à de vulgaires » chiens du pouvoir « . Ce » débat » est aujourd’hui dépassé parce que face à l’ampleur de l’entreprise de redressement et à ses exigences, il n’y a plus, ou il ne devrait plus y avoir grand monde à se permettre le luxe de la question de savoir qui avait raison, puisqu’il s’agit maintenant de savoir quoi faire. L’objet principal de la discorde n’étant plus d’actualité du fait de la tournure prise par les événements, il est heureux de constater que ça et là quelques disponibilités au compromis utile accompagnent naturellement cette évolution. Des discrètes initiatives de regroupement démocratique à celle de Hocine Ait Ahmed qui a abouti à un texte commun avec Mouloud Hamrouche et Abdelhamid Mehri, en passant par les récentes déclarations de Abdenour Ali Yahia, on retiendra le changement dans le ton, mais aussi la disparition d’une ligne de démarcation difficilement envisageable il y a quelque temps. On peut ne pas partager la démarche des premiers, mais personne n’ose apparemment le recours à l’anathème. On peut toujours esquisser une moue face à la persistance des violences au pluriel des seconds, cela ne fait pas d’eux des sympathisants islamistes accomplis. On peut être froissé par les surprenantes nouveautés dans le discours du troisième, sans le soupçonner de renoncements. Une lame de fond est peut-être en train de traverser la classe politique dans ses segments porteurs d’un projet. Mais si » arrêter de s’insulter » est déjà une bonne chose, cela ne fait pas pour autant avancer le schmilblick. Il s’agit maintenant de faire quelque chose ensemble. En commençant par en parler.
S. L.
P. -S : un ami dont j’écoute souvent les conseils trouve que cet espace est un peu trop long. Comme souvent, je suis de son avis. Ne voyez surtout pas de la paresse là ou il … y en a quand même un peu.
