Des habitants de Ain-Bénian se sont adressés à la presse, il y a quelques jours, pour se laver les mains de l’infamante accusation de racisme. Des ressortissants chinois employés par une entreprise de construction auraient donc été agressés dans la localité pour délit de faciès et des résidants n’ont pas apprécié que leur village soit associé au scandale. Une fois dépassée la propension des Algériens, toujours si jaloux de la réputation de leur quartier ou de leur hameau, à coller tout geste répréhensible aux » passagers » ou aux » nouveaux débarqués « , on arrive à l’essentiel : oui, le racisme est une réalité, et il est encore heureux qu’il y ait des gens qui s’en défendent. Que ceux de Guyotville réagissent pour dire que l’horreur ne fait pas partie de leur culture les honore, mais ne les en prémunit pas. Le racisme est un fait national qu’on ne combat pas en le niant et des racistes, il y en aura sans doute toujours. L’honneur de Ain Benian est déjà sauf. Sauvé par ses enfants qui se sont offusqués que la bête immonde soit à leurs portes. Le racisme est une plaie béante qu’on ne referme pas avec un cache-sexe. L’honneur est dans notre capacité à s’élever au niveau culturel qui en fait un crime et à dresser les barrières de la dissuasion. Nous n’avons encore ni l’une ni l’autre. Une société où il est encore de bon ton de dire
» Lihoudi hachak « , où l’abject est consacré formule de politesse, où un entraîneur de foot, il n’y a pas si longtemps n’a pas trouvé mieux pour désigner l’adversaire africain que le mot » Nouagra « , est une société qui fait peur. Non pas parce qu’elle renferme des hommes et des femmes racistes, ce qui est le cas dans tous les pays du monde, mais parce que le propos ou le geste raciste est d’une banalité affligeante et, plus grave, son auteur est assuré tous risques contre la sanction. Dans un pays où personne ne vous rappelle à l’ordre pour un délit aussi monstrueux, où on ne sait même pas s’il est interdit ou non d’être raciste, qu’est-ce qui peut empêcher la dérive ? Rien. Quand le propos immonde réussit la performance de faire rire, le pire n’est jamais loin. Quand la loi est évasive ou muette sur un sujet aussi important, les portes sont ouvertes à la persécution. Bien sûr, on peut toujours dire que le racisme ordinaire à l’algérienne échappe à l’arrière-pensée discriminatoire et il y a même des âmes assez nonchalantes pour lui trouver quelque côté » sympathique « . Il n’y a malheureusement pas grand monde à rappeler que le racisme, c’est trop monstrueux pour en rire et c’est déjà beaucoup qu’il soulève la colère des habitants de Ain-Bénian qui s’en défendent. Nous n’en avons pas l’habitude.
S. L
P. -S. :Quel que soit le jour de l’Aid, je ne travaillerai pas ce vendredi et cela suffit à mon bonheur. C’est dur d’expliquer aux enfants pourquoi on est obligé de bosser quand tout le monde se repose et puis c’est vraiment pas un jour à mettre le pied dehors. L’Aid, cette année, a vraiment un sens.
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