Il n’y a pas plus désespérant qu’un pays où il ne se passe rien. Bousculés par l’intrusion de Ramadhan et l’Aid inopportunément arrivés, nous avons oublié qu’il y a eu une rentrée. L’attente de « quelque chose qui arrive » a été parasitée, et un peu à la manière des subterfuges de détournement de l’attention auxquels nous sommes depuis toujours habitués, quelque chose de pas vraiment saisissable nous a fait renoncer à un moment, toujours croustillant, de notre vie qui en manque tant. L’attente se prolonge donc et les paris sont ouverts. L’automne est capable des retours caniculaires et des gels impromptus. Et dans cette folie météorologique dont on n’a pas encore saisi les contours, qu’est ce qui peut bien se passer qui puisse mériter notre patience, ou plutôt notre impatience ? Par résignation ou par optimisme incurable, nous nous tournons déjà vers une vieille certitude. Elle ne s’est jamais confirmée, mais elle n’a jamais été démentie non plus. Il n’y a donc aucune raison pour ne pas la reconvoquer : quand il ne se passe rien, il se passe forcément quelque chose d’important. Il se peut même qu’il se passe beaucoup de choses. Le silence est toujours porteur de perspectives, même si on préfère qu’on en parle. A tout seigneur tout honneur, le gouvernement va changer. L’automne a beau persister dans l’indécision, promettre le chaud et le froid hors temps, septembre peut avoir été parasité, ce n’est pas pour si peu que nous allons nous permettre le luxe d’une rentrée sans remaniement. Changement de gouvernement donc. La spéculation étant souvent portée par le rêve, alors nous spéculons plus gros pour que le rêve soit plus fou. Ce sont tous les ministres qui vont partir cette fois. Pourquoi faire dans le détail ? Il n’y a pas de petits fantasmes, sinon, nous n’aurions jamais songé à ce que Abdelaziz Belkhadem démissionne aujourd’hui et lui n’aurait jamais songé à devenir il n’y a pas si longtemps chef de gouvernement. Son fantasme est devenu réalité, sans doute parce qu’il a été plus gros que le nôtre, encore hypothétique, même si quelques ragots d’automne ont eu à se confirmer par le passé. Tous les ministres vont partir, alors ? C’est assez gros, mais ce n’est pas toujours suffisant pour que ça passe. Ceux du FLN se seraient réunis pour trouver le meilleur moyen de dégommer leur chef parce qu’il serait démissionnaire. ça demande beaucoup d’efforts et d’ingéniosité de virer un chef de gouvernement partant et achever un patron de parti sur une civière d’ambulance. Autant d’efforts que nous en fournissons dans nos rêves éveillés. Ce n’est pas si ennuyeux, un pays où il ne se passe rien. C’est même amusant, quand on soutient mordicus que quand il ne se passe rien, il se passe forcément quelque chose.
S. L.
Du coq à l’âne : Moment agréable autour d’un thé avec mon ami Arezki Ait Larbi. Entre autres sujets : que devient le mouvement Archs de Kabylie ? Nous n’avions ni la « prétention » ni l’envie d’y répondre. Juste une question, comme ça.
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