Même si la pluie continue de tomber et de répandre des gravats en travers du CW qui traverse Mekla, même si le froid fait frissonner les corps, une ambiance de fête se dégage de la Maison de jeunes de Mekla en ce premier novembre. En effet, après avoir dû se retrouver S.D.F. durant de longs mois, les activités ont pu reprendre. La musique n’a cessé d’égayer les oreilles de tous les présents.
Le programme est d’actualité. La grande antichambre annonce largement la couleur. Des affiches remplissent les tableaux, accueillant les arrivants et présentant le programme. Là, ce sont des informations sur le processus de déclenchement de la révolution, là une biographie de tous les acteurs de ce déclenchement avec photographie et force détails, là des photos d’actualité. La jeune animatrice (emploi de jeunes) chargée de placer les affiches s’empresse de vérifier que tout est en ordre, que tout est bien agencé que chaque feuille est à sa bonne place. Son visage crispé brille d’émotion. Il ne reste aucun espace non occupé. Non seulement les jeunes animateurs devaient montrer qu’ils n’étaient pas restés les bras croisés durant la période de réfection des lieux, mais l’encadrement lui-même brûlait de fébrilité devant cette reprise que le directeur appelait de ses vœux « Il nous tardait vraiment de rouvrir ces portes qui nous attendaient désespérément ! » a déclaré Hamid Tessa, le directeur.
Les jeunes de l’association de Taourirt Aden n’ont pas failli à leur devoir et les spectateurs venus nombreux ont assisté à une exhibition de
vo-vietman. Les acclamations ont accueilli tous les mouvements exécutés par la douzaine de jeunes étudiants dont quatre jeunes filles particulièrement saluées par les présents. Selon le jeune entraîneur, le nombre d’adhérents s’élèverait habituellement à plus d’une centaine et l’élément féminin y est largement représenté, en dépit de certains tabous qui continuent de régner. Selon une de ces demoiselles, “le nombre aurait été plus important si les horaires se conciliaient entre études et activités sportives”.
L’occasion est aussi donnée pour la présentation d’un ouvrage édité par les editions Le Savoir, une maison d’édition toute nouvelle qui se fraye une place au soleil de la notoriété depuis sa création, il y tout juste deux années, dans le cadre de l’ANSEJ. Une vingtaine d’ouvrages sont déjà à son actif. L’auteur Mohand Ouramdane Larab, lui-même descendant de la famille de Si Mohand Ou Mhend, n’est pas inconnu du grand public pour ses multiples activités, du ministère du Tourisme à celui des Sports, de la Chaîne II aux associations culturelles.
Il est déjà l’auteur de plusieurs oeuvres. L’ouvrage présenté au public, avec la voix douce d’un animateur radiophonique expérimenté, est un recueil d’un poète aujourd’hui disparu, Lhadj Arezki Ouhaouche, originaire de Djemaâ Saharidj, entièrement écrit en kabyle avec les caractères latins. Les détails et les références sont largement explicites. Des noms de citoyens vivants ou disparus sont cités, faisant appel à leurs souvenirs. Il est quand même bien regrettable que la famille du défunt poète, assez importante à Djemaâ Saharidj, n’ait pas été associée à ce travail titanesque réalisé de main de maître par le préfacier, lui-même descendant de cet illustre poète. La vente-dédicace, réalisée dans la foulée, a montré que l’assistance tenait à enrichir ses connaissances, Lhadj Arezki ayant toujours émis le vœu de demeurer anonyme de son vivant. Abdenour Abdeslem n’a pas manqué à son devoir d’être-là, rehaussant l’animation de son intervention sur la culture amazighe et appelant à sa prise en charge de toute urgence.
“Si nous ne nous impliquons pas, la langue tamazigh risque de disparaître.” L’occasion a été donnée à la jeune Amzal de Maouia de déclamer quelques vers de sa composition. Celle-ci a été chaudement applaudie. Cette autodidacte attend de ses vœux un soutien qui l’aiderait à montrer ses compétences.
Si Ouali Ait Ahmed n’a pas manqué de remettre les pendules à l’heure … de novembre en faisant un résumé des activités ayant trait au déclenchement de la Révolution.
Les jeunes auditeurs assis au premier rang en sont restés bouche bée. Il est clair, cependant, la proximité du scrutin imposant une certaine réserve, que les questions resteront sans réponse. L’assistance, donc, n’a eu qu’à écouter et acclamer de temps en temps.
Dehors, il continue encore de pleuvoir. Les détritus charriés par les pluies jonchent le macadam. La circulation se fait rare mais l’ambiance bon enfant continue de régner. La grande antichambre se vide peu à peu. La soirée est largement avancée.
Sofiane Mecherri
