Un féru de l’art des années 40… inconnu

De son vrai nom Hamel Mohamed (originaire de Kabylie), Mohamed El Kamel est né en 1919 à Alger. Il fit éclore ses talents de musicien et d’interprète dès son adolescence en s’exerçant à battre la mesure sur tout ce qu’il pouvait trouver qui puisse faire retentir des sons et des rythmes.

Il se sentira attiré de plus en plus par la chanson. Ce qui par conséquent, le fera rêver et lui procurera le désir voluptueux de pénétrer ce monde des merveilles en devenant de plain-pied une star incontestée des années 40. Ces débuts dans la musique remontent à 1926, où Mahieddine Bachtarzi l’intégra au sein de l’orchestre El Motribia en qualité de tambouriniste (Tar).

Il était l’un des rares musiciens algériens dans ce groupe. Il joua également de la derbouka dans cet ensemble au cours d’une tournée organisée en 1926 en Italie. Il était aussi doué pour la comédie et la satire, et le théâtre l’intéressait. Durant la même année, le 4e art connaissait une effervescence très particulière et remarquable avec notamment Allalou, Rachid Ksentini, et Mahieddine Bachtarzi. Incontestablement c’est ce trio historique qui fit démarrer le théâtre dans notre pays.

Mahieddine Bachtarzi finira par créer en 1933 une section théâtrale au sein même du groupe El Motribia dont la vocation première était la musique andalouse. Mohamed El Kamel fit une entrée fracassante, au sein de cette nouvelle section dans laquelle il fera connaissance avec Rachid Ksentini.

Ce dernier le prendra en charge artistiquement et pas là-même, considéré, comme son ami et son maître. Il décèle en lui des qualités et des dons exceptionnels qu’il fallait coûte que coûte mettre en valeur. Rachid Ksentini lui permet même de reprendre quelques-uns de ses « tubes » dont « Chtahchtah a loulou ». Mohamed El Kamel s’affirmera progressivement en recevant des leçons sur la manière de sensibiliser le peuple, de l’éduquer et de lui faire prendre conscience des méfaits déviationnistes de la société.

En effet, le théâtre est le moyen privilégié à l’époque surtout pour mettre à nu toutes les questions qui avaient déjà entamé la dignité de l’être humain. Mohamed El Kamel ne s’arrêtera pas là, puisque en 1937 à Paris, il constituera un orchestre musical et se produit en tournées dans plusieurs régions de France. Au cours de la même année, il fit la connaissance du « géant » de la musique, Mohamed Iguerbouchene. Ce dernier au summum de sa célébrité venait d’être admis en qualité de membre définitif au sein de la Société d’auteurs de Paris (Sacem). Leur rencontre et surtout leur collaboration seront très enrichissantes en matière de composition, d’harmonie et d’arrangements. Ceci a permis à Mohamed El Kamel l’enregistrement pour la maison « Pathé Marconi » sous l’œil attentif de Mohamed Iguerbouchene de sept (7) œuvres dont : « Mabrouka, Ibn Gharani, taqsim Andaloussi etc. Comédien, chanteur compositeur, Mohamed El Kamel ne s’arrêtera pas là. Il s’occupera à son tour à la découverte d’autres jeunes talents. Parmi eux, Salim El Hellali, un jeune Algérien d’origine juive natif de Annaba dans les années 20, qui chantait le genre espagnol.

Il en fera une star mondiale, avec la composition de « Mounira », Ardjaâ Lenladek », « Nadira », « Andaloussia », Bin El Barah ou Lyoum (1937). Des chansons ayant fait des succès à l’époque et même jusqu’aux années 70. La vie de Mohamed El Kamel s’arrêtera un certain mois d’octobre 1953 à Paris à l’âge de 34 ans non sous avoir marqué la chanson moderne algérienne.

S. K. S.