Même si le ministère des Finances a décidé de surseoir à la privatisation du Crédit Populaire d’Algérie (CPA) en raison de l’impact non encore évalué de la crise internationale des crédits hypothécaires, notamment, le « subrime » aux USA, les voies du pouvoir restent impénétrables pour connaître les véritables raisons de ce gel. Un gel décidé la veille même de l’ouverture des plis. Il est clair qu’il s’agit de la privatisation d’une des plus grosses banques publiques algérienne comme si l’on parlait de la privatisation d’Air Algérie ou de Sonatrach.
Néanmoins, des informations dignes de foi auprès d’une source bancaire à Paris, laissent entendre que c’est la banque Rothschild qui a conseillé récemment au gouvernement algérien de remettre à plus tard l’ouverture du capital du CPA.
En charge du dossier, la banque française a estimé que l’Etat algérien ne pouvait pas espérer récolter une somme importante de cette privatisation. «Durant ces dernières semaines, toutes les grandes banques internationales ont perdu une bonne partie de leur valorisation en Bourse. Aucune banque candidate ne pouvait dans un tel contexte prendre le risque vis-à-vis de ses actionnaires de signer un gros chèque pour s’emparer du CPA, » explique notre source. Or, le gouvernement algérien, contrairement à ses déclarations publiques, souhaite récolter une somme importante de la privatisation de la banque publique. Un gros chèque ferait en effet oublier les ratés de cette privatisation.
Le gouvernement algérien avait déjà retardé la privatisation du CPA au cours de cette année. Depuis l’été, les grandes banques internationales sont touchées de plein fouet par la crise financière qui affecte toute la planète. Depuis le 10 juillet, les cinq premières banques européennes en termes de capitalisation boursière ont vu près de 45 milliards d’euros de valorisation s’envoler en fumée.
« Il serait peu sérieux d’affirmer que cette crise touche à sa fin (…) sur les activités de marché nous sommes encore loin des niveaux d’il y a trois mois », avait estimé en octobre le président de Crédit Agricole SA, René Carron. Sa banque est candidate, aux côtés de six autres géants bancaires internationaux, à la privatisation du CPA. Ses concurrents dans la course au rachat de la banque publique algérienne, notamment BNP Paribas, traversent également une période difficile.
“Une chose est sûre : si le gouvernement algérien avait privatisé le CPA il y a un an, il aurait obtenu beaucoup plus que ce qu’il ne puisse espérer aujourd’hui », avait souligné une source proche du dossier.
Selon des sources bancaires à Paris, dans la région du Maghreb, les banques ont une moyenne de valorisation correspondant à 2,4 fois leurs fonds propres. Sur cette base, avec des fonds propres estimés à 420 millions d’euros selon des indications algériennes –un chiffre qui a été retraité par les banques candidates via l’application des normes comptable IFRS, le CPA est valorisé 1,1 milliard d’euros.
Pour s’emparer du CPA, le futur repreneur devra donc débourser au moins 550 millions d’euros. Mais d’autres facteurs entrent en considération. Le marché bancaire algérien est compétitif et la mariée est belle : 129 agences bancaires, 15 succursales, plus de 1,2 million de clients, un total d’actifs de 4,8 milliards d’euros, un portefeuille de crédits de 1,5 milliard d’euros, un portefeuille de titres de 1,5 milliard d’euros et un total de dépôt de 3,4 milliards d’euros… Mieux : il s’agit de la première opération de privatisation d’une banque publique. Des éléments qui seront pris en compte par les futurs acquéreurs et détermineront la prime supplémentaire qu’il vont verser pour s’assurer le contrôle de la banque.
Mais « dans le contexte de crise boursière actuelle, aucune banque candidate au rachat du CPA ne peut se permettre de payer un prix exagéré. Les banques ont été échandés par la récente crise financière et elles ne pourront pas justifier à leurs actionnaires une dépense importante en Algérie.
Le gouvernement algérien ne doit pas se montrer trop gourmand au risque de faire échouer l’opération», souligne notre source.
En Libye, Sahara Banque a été privatisée cet été à l’issue d’un processus de moins de cinq mois. La privatisation du CPA traîne depuis plusieurs années. Pourtant les gouvernements algérien et libyen sont conseillés par la même banque d’affaires, Rothschild-France.
Nacer O.M.
