Dans la rue, aucun indice d’empressement n’est perceptible, bien au contraire, on perçoit même une certaine anxiété et une certaine torpeur, voire une peur du lendemain. La thématique de la campagne dans son ensemble tant dans la forme que dans le fond n’a emballé personne. Elle n’a même pas permis une certaine réactivité de la rue comme à l’accoutumée. Les leçons à tirer de cette cacophonie assourdissante dans certains cas et insipide dans d’autres cas demeurent décevantes à bien des égards. La campagne électorale n’a pas assumé son rôle pédagogique ou formateur tout comme elle n’a révélé aucun acteur social apte à apporter de l’espoir et de l’espérance à une population en manque de repères. Le personnel politique n’a pas évolué dans son discours. Il est resté figé dans certains concepts vieillissants qui sont en déphasage total avec la culture politique, la pratique politique, la pédagogie politique, et les aspirations légitimes des populations. A en croire les uns et les autres, une nouvelle ère s’ouvrira pour les Algériens après le 29 novembre 2007. Comment ? Avec quoi ? Avec qui ? Pour qui ? Ces questions demeurent sans réponse. Tout le long de cette campagne, chacun est allé de ses constats, de ses promesses, de ses engagements et de ses vérités devant un auditoire perplexe, désabusé et à peine intéressé. Les bilans, faits ça et là, ont montré que cette campagne n’a pas attiré foule, n’a pas suscité engouement et intérêt “c’est une campagne où la joie était absente” a relevé un vieillard qui a ajouté : “Elle ne m’a pas permis d’entrevoir un espoir quelconque, tant les orateurs n’étaient eux-mêmes, pas convaincus”. Cette affirmation est confirmée par l’absence de grands rassemblements, de fortes mobilisations qui suscitent émotions, étant d’adhésion et intéressement intellectuel. La morosité, la formalité, l’improvisation ont marqué cette campagne dénuée de marketing politique, de toute véritable communication et proximité. Cela a été aggravé par la tiédeur et dans certains cas, la médiocrité relevées dans le contenu des discours développés que dans la tonalité de ces derniers. Dans certains cas, les intervenants ont oublié qu’il s’agit d’élections locales, de municipalités et d’assemblées de wilaya. Les collectivités locales, le développement local, la démocratie locale, le code communal, le code de wilaya, la politique de la ville, la gestion de la cité, le développement durable, environnement, le développement des villages et tant d’autres thèmes n’ont suscité aucun intérêt de la part des postulants à la gestion de nos cités. La fiscalité locale, l’inter-communalité, le développement d’une politique solidaire d’aménagement, le développement économique de répartition des charges et des ressources entre les communes, la conduite de projets porteurs d’intégration, de création de richesse, l’organisation des transports urbains, la culture, la violence urbaine, la délinquance sont autant de thèmes qui intéressent le citoyen et qui n’ont pas été abordés par les candidats et les représentants des partis.
Parallèlement la campagne électorale se devait d’être la période par excellence pour émettre des propositions pour :
– Le renforcement de la décentralisation des prérogatives des collectivités locales
– L’aménagement durable du territoire
– La réduction des inégalités.
– La facilitation de politique contractuelle
– La facilitation de politique inter-sectorielle autour et pour un développement durable des communes et des wilayates
Ainsi, aucune pédagogie n’a prévalu dans le discours des uns et des autres. Un net recul a été observé dans le travail d’explication de proximité, de formation, d’éveil et de consciencialisation du citoyen ; bien au contraire, certains programmes, certaines sorties demeurent chimériques par rapport à la réalité du terrain.
Les devoirs de pédagogie, de lucidité, de vérité chers à certains ont été réduits à un autre langage dénué de consistance, de persuasion, de percussion pédagogique et formatrice. Il est vrai que la personnalité des orateurs compte beaucoup dans l’écoute de la population qui sait que tout un chacun est prisonnier de son passé et que l’avenir ne peut se concevoir sans cette réalité dure à admettre ; même les ténors, les roublards au pouvoir ou du pouvoir ne peuvent ignorer cette vérité qui les rattrape à chaque détour. Le devoir de mémoire est “inaliénable, insondable et incorruptible”. Telle est la devise que devront approfondir les prochains candidats à la prochaine législature.
La transhumance politique, les candidatures spontanées, “la cabinomanie”, le clientélisme, les couleuvres politico-organiques qui caractérisent une pratique politique porteuse d’infantilisme et de domestication organique risquent de remettre à des lendemains incertains l’enracinement d’une pratique démocratique saine, porteuse d’espoir et d’espérances.
Les petits dinosaures proclamés princes portent en eux les germes de destruction de tout ce qui peut changer la société dans le bien et pour le bien.
Chérif Aït Ahmed
