Espace qu’elles se partagent avec les moutons qui luttent, tapent du pied les quels, effrayés par tout ce monde qui passe et repasse, les tâte et les soulève par derrière…
Pauvres bêtes ! surtout lorsque l’on sait pour quel but elles font l’objet de toutes ces attentions ! Un brouhaha de cris, d’appels enveloppe la place.On discute fort, on négocie ferme.
Un jeune homme passe d’un troupeau à un l’autre, choisit une bête, parlemente un moment avec le vendeur, puis laisse tomber et passe à un autre troupeau : “Cela fait une heure que je cherche un bon prix mais rien!”, lachera-t-il avec fatalité. Un marchand vêtu d’un tablier gris trône sur une dizaine de bêtes attachées en chapelet cou contre cou.
Une canne suspendue à son bras, il guette avec la minutie d’un pickpocket un petit vieux qui s’attarde devant l’un de ses moutons. “Combien celui-là”, finit-il par demander – “On m’a offert 13 000 dinars”
– “13 000 ! Mais il n’est pas plus gros qu’un chat !,” s’exclama le petit vieux. Le marchand le fixe d’un regard de vautour, et lui dit :
– “Passe chez moi ce soir. J’ai deux chats, tu pourra les prendre gratuitement”.
Quelques instants plus tard, nous avons croisé le petit vieux à la sortie du marché,
Il traînait le même mouton derrière lui. Il a fini par payer son “chat” à 14 000 dinars…
Cette année encore, comme par fidélité à la tradition, le prix du “deux cornes” a grimpé. Avant de la charger de nos péchés en la sacrifiant, la” bête expiatoire” a pris soin de nous charger de sa “malédiction coûteuse”.
Pour les familles nombreuses, le choix d’une bonne bête est chose obligée. Elles devront débourser plus de 20 000 dinars, sans compter les haricots verts, les carottes, les fruits, les vêtements et les jouets les pour enfants.
Certains citoyens, de plus en plus nombreux, préfèrent carrément boycotter les moutons et se rabattre sur les bouchers. D’autres, par contre préfèrent cotiser avec un frangin ou un voisin et passer la fête avec la moitié d’un mouton. Le tout étant que les vertus de piété,de pardon et de solidarité soient présents dans les coeurs, ce jour-là. Le reste importe peu, y compris le mouton !
D’autres encore le font par souci du “qu’on dira-t-on”…, enfin comme la sensibilité triomphe presque toujours sur les principes, on préfére souvent emprunter et faire”le dindon de la farce”qu’être amené à perdre la “face”, en n’achetant pas son mouton.
N. M.
