“ La bureaucratie est plus nuisible à la pédagogie que le manque de moyens matériels ”

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Lors de la rencontre des enseignants de tamazight à Boumerdès, organisée par le HCA du 24 au 29 de mois en cours, en collaboration avec le ministère de l’Education nationale et le département communication/FLE de l’université de Paris 8 où enseigne Nessredine Aït Ouali avec lequel j’ai réalisé un entretien amical

La Dépêche de Kabylie : Depuis janvier 2007, tu as animé bénévolement sept sessions de formation à la pédagogie de projet au profit des enseignants de tamazight. Qu’est-ce qui motive ta présence parmi nous ?

Nasserdine Aït Ouali : Ma motivation première est de nature affective. Partager un savoir et un savoir-faire acquis ailleurs avec les miens et apporter une modeste contribution à l’enseignement de ma langue maternelle dont j’ai été privé constituent déjà des éléments de motivation suffisants pour me retrouver ici. La dimension intellectuelle de ma motivation est aussi importante. Je suis convaincu que la pédagogie de projet permet de réaliser des performances dans l’acquisition des langues. De même que les autres enseignements, cette pédagogie est pratique pour installer chez l’apprenant des compétences socioculturelles.

Qu’est-ce que cela peut apporter de plus ou de nouveau à l’apprenant ?

En pédagogie de projet, le souci de la motivation ne se pose pas à partir du moment où c’est le projet de l’apprenant cela opére une motivation optimale. L’élève travaille à la réalisation d’un projet qu’il entreprend avec ses camarade. La réalisation collective d’un projet qui se matérialisera par un produit concret qui aura un impact sur la société et apportera à l’apprenant des satisfactions tout en lui permettant d’apprendre et de se construire en construisant. Cette pédagogie favorise le développement de l’autonomie chez l’apprenant et lui permet d’avoir une certaine confiance en soi qui l’aidera dans ses apprentissages. L’enseignement réalisera ses objectifs en exploitant cette motivation de l’élève et le processus de la réalisation du projet pour installer les compétences qui permettront à l’apprenant d’acquérir la langue et le langage.

Lorsque les élèves réalisent des projets collectifs, ils construisent ensemble. Des interactions se produisent entre les élèves et l’esprit de solidarité qui s’instaure permet une intégration qui favorise la réussite. Le partage des tâches au sein d’un groupe-projet fait que chaque membre peut contribuer à la réalisation du projet, tâche qui nécessite forcément une complémentarité et une solidarité entre les éléments du groupe et non une compétition qui ne peut que de laisser les “ proies” de l’échec dans l’espace qui leur est habituellement réservé.

Cette approche pédagogique nécessite-t-elle des moyens plus importants que pour les approches traditionnelles pour sa pratique ?

Non. La pédagogie de projet ne nécessite pas ma mobilisation de moyens particuliers pour sa pratique.

C’est en fonction des projets que les besoins matériels se manifestent. C’est aux apprenants de trouver les moyens ou d’adapter leurs projets : cela participe de la démarche. Il ne faut pas oublier que le projet n’est qu’un moyen motivant pour apprendre.

Les apprentissages se font durant le processus de réalisation du projet pour illustrer mes propos, je me réfère aux sessions de formation qui ont déjà eu lieu.

Donc, tu as disposé des moyens nécessaires au déroulement de toutes les sessions de formation.

Il n’y a pas eu de problème particulier de ce côté.

Cela peut sembler étrange mais le stage qui s’est déroulé à Bouira en mars a été beaucoup plus intéressant que celui de Béjaïa en juillet alors qu’il y avait nettement plus de moyens et de meilleures conditions d’hébergement lors de ce dernier stage. Cela m’a renforcé dans ma conviction que la bureaucratie est plus nuisible à la pédagogie que le manque de moyens matériels.

Comment as-tu géré cette bureaucratie pour atteindre tes objectifs ?

C’est l’esprit de groupe qui prévaut dans la préparation et l’encadrement de ces formations qui permet de réaliser le travail prévu et atteindre les objectifs du stage.

D’autant plus que la motivation des enseignants en formation est extraordinaire.

Cela leur a permis de travailler de façon très productive, je tiens aussi à souligner l’apport remarquable des inspecteurs présents lors de toutes les sessions de formation pour l’encadrement et l’organisation.

On a vu que ces stages ont concerné des enseignants qui ont participé à plusieurs sessions de formation. Pourquoi pas de nouveaux stagiaires ?

En approfondissant la formation de quelques groupes, la démultiplication sera assurée avec plus d’efficacité.

Même s’il est prévu que cela se fera par des inspecteurs et des enseignants déjà formés, je participerai d’une façon ou d’une autre à ce prolongement.

Entretien réalisé par : M.Smail

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