Pour paraphraser le titre d’un ouvrage célèbre de C. Olievstein, nous dirons qu’il n’y a pas de drogué heureux, même si la drogue, sur le moment, plonge dans l’euphorie et procure des plaisirs fugaces. La drogue, c’est avant tout l’enfer de la dépendance à l’égard de produits hautement toxiques, ce sont les troubles physiologiques et psychologiques qui atteignent, à la longue, ceux qui s’y adonnent, sans oublier le spectre de l’overdose, I’intoxication aiguë qui peut entraîner la mort. Aujourd’hui, les drogués, qu’il s’agisse des accoutumés ou des occasionnels, se comptent par milliers en Kabylie, non seulement dans les villes mais aussi dans les villages. Les revendeurs opèrent au grand jour et les consommateurs ne se cachent pas pour fumer leurs joints ou se piquer. Il y a toujours de braves gens pour s’indigner de cet état des choses mais beaucoup préfèrent ne rien dire, fermer les yeux sur ce qui se passe. Banalisation de la drogue, de la toxicomanie ? Plutôt indifférence d’une population durement éprouvée par les évènements de ces dernières années qui ont fait perdre à beaucoup leurs repères. Des jeunes d’une commune de l’Akfadou, interrogés récemment par La Dépêche de Kabylie, ont dit que dans leur village « on se drogue normalement ». Pour les jeunes drogués, la drogue est avant tout un pis-aller : on se drogue comme d’autres fument ou boivent, pour oublier les problèmes de la vie quotidienne, pour résorber un malaise existentiel… Mais la drogue, c’est aussi un pis-aller : c’est parce qu’il n’y a aucune perspective, aucun projet, aucun espoir, aucune prise en charge que l’on se réfugie dans la drogue. Si l’on veut combattre la drogue, il faut avant tout redonner de l’espoir à ceux qui s’y adonnent, leur redonner goût à la vie…
S. Aït Larba
