Une discipline très prisée

La période des vacances pourrait constituer un temps favorable pour les responsables afin de réetudier les conditions de l’examen, sa préparation et corriger les différentes failles pour une meilleure prise en charge des futurs candidats et épreuves. Et pour que la réhabilitation du sport scolaire, condition sine qua non pour garantir au pays un tissu sportif et une éclosion d’un sport d’élite, ne soit pas un vain mot. Du 3 au 11 mai de l’année en cours quelque 42 107 élèves de la wilaya de Béjaïa, des classes de terminales et du brevet d’enseignement moyen (BEM) confondues ont subi les épreuves de l’examen sportif. Ce dernier a été introduit cette année pour «réhabiliter le sport scolaire», dit-on dans les milieux de l’Education nationale. Cependant, l’objectif recherché a-t-il était atteint et dans quelles conditions ? L’enquête que nous vous livrons résume les conditions d’un examen qui est une première dans le système éducatif algérien.

Sur le plan pédagogiqueSi les programmes de la matière sportive sont en conformité avec l’épreuve d’examen, il reste le fait que le long de l’année scolaire plusieurs établissements n’arrivent pas à réaliser le programme sportif ni à atteindre les objectifs énumérés dans la progression annuelle et pour cause «les moyens et l’architecture de nos établissements ne permettent pas la mise en application des programmes», nous dira un proviseur et d’ajouter «l’écrasante majorité de nos écoles ne disposent pas à titre d’exemple, de sautoirs et le saut est une des épreuves de l’examen sportif». A cela, il faudra ajouter l’inexistence de postes budgétaires pour cette discipline dans certains établissements «Nous avons des écoles où la matière sportive n’existe pas parce qu’aucun enseignant de sport n’y a été affecté», nous dira un inspecteur de la matière. Quant aux établissements où cette discipline existe, les conditions et les moyens de travail sont loin des espoirs des professionnels qui, dans l’ensemble, font ce qu’ils peuvent avec «les moyens de bord», s’accordent-ils à dire. En outre, faut-il le signaler, les candidats au baccalauréat ouau BEM ont subi les mêmes épreuves avec un même barème. La discipline sportive n’a pas été rehaussé par un plus fort coefficient et est toujours cotée à 1 point. Ce faible coefficient qui ne varie pas le jour de l’examen a fait que cette matière «ne soulève pas l’enthousiasme des élèves plutôt intéressés par les disciplines à fort coefficient», nous dira un professeur d’éducation physique et sportive.

L’examen sportif sur le plan technique et logistiqueEn 9 jours, 15 767 inscrits au baccalauréat repartis sur 22 centres et encadrés par 264 professeurs examinateurs et 26 340 inscrits au BEM dirigés par 279 contrôleurs et répartis à travers 31 centres d’examens, ont subi un examen de 4 épreuves. De l’avis d’un bon nombre d’encadreurs, «il y avait beaucoup trop d’élèves et le contrôle n’a pas été facile». En effet, la surcharge des classes est déjà un handicap pour ces enseignants et il aura fallu ajouter une autre surcharge le jour de l’examen;La logistique n’a pas été au rendez-vous non plus. Les chefs d’établissements avaient pour mission de se débrouiller et de réunir le matériel nécessaire pour les épreuves : «Ce fût une véritable course contre la montre pour dégoter des chronomètres électroniques, des poids et même des feuilles de pointage», nous dira un président de centre d’examen. En effet, selon les encadreurs, aucun véhicule n’a été mis à la disposition des chefs de centres qui se sont débrouillés en louant des taxis ou en utilisant leur propre véhicule pour récupérer le matériel de sport, alors que les chauffeurs et les véhicules existent à la direction de la l’éducation et «ce sont les petits secrétaires qui se pavanent avec, même les vendredis», nous dira un chef d’établissement visiblement outré par cette situation. Par ailleurs, on se demande pourquoi lors des épreuves écrites l’administration de l’Office régional des examens et concours (OREC) met à la disposition des élèves les copies d’examens, les feuilles de brouillon et même le papier millimétrés, alors que pour les épreuves sportives aucun budget n’a été affecté, d’autant plus que cet examen est officiellement institutionnalisé ? Aussi, faut-il le mentionner, les candidats inscrits déboursent 700 DA de frais d’examen pendant que les candidats libres eux, déboursent 1500 DA. Les candidats ne semblent pas avoir eu les mêmes chances, «Certains ont eu droit à une piste synthétique alors que d’autres ont subi l’examen dans des écoles avec les conditions que l’on sait», nous dira un chef de centre. Pour un responsable de la direction de l’éducation, l’examen sportif «a été plus ou moins agréable et c’est une première expérience qui verra une amélioration d’année en année». Quant aux encadreurs de l’examen, le constat est amer et la sentence est sans appel «c’est un échec que ce soit dans la préparation ou l’organisation de l’examen surtout sur le plan matériel».

Yacine Boudraâ