En l’absence de toute perspective dans leur spécialité, ces nouveaux arrivés sur le marché de l’emploi acceptent n’importe quel job. Certains font de l’informel, d’autres ouvrent des échoppes : coiffeur, fast food, ou autres, alors que ceux qui ne refusent pas de travailler n’importe où font le pied de grue devant les entreprises de bâtiments. « On nous accepte comme manœuvres en noir. Peu importe, car il ne faut pas oublier que le marché de l’emploi est entièrement fermé. On a beau attendre : en vain », nous répondit un licencié en lettres arabes qui nous a affirmé que même dans l’enseignement il n’a pas pu obtenir une place de vacataire. « Même dans l’éducation, il faudra maintenant avoir des bras longs », a-t-il ajouté. Depuis quelques années, le secteur de la micro-entreprise est développé dans cette localité. Selon des chiffres officieux, plus de deux cents jeunes (hommes et femmes) sont recrutés dans les différentes « petites boîtes » créées dans cette commune. A Frikat, c’est peut-être l’entreprise de la transformation de plastique qui emploie le plus grand nombre de personnes. Alors que les femmes trouvent leur compte dans les entreprises du couscous. En dehors de ces deux créneaux, les jeunes sont recrutés par les autres artisans : ferronnerie, mécanique générale, ébénisterie… Dans les villages, les femmes retournent aux métiers traditionnels : poterie, lissage… « Dans chaque maison, il y a un métier à tisser. Nous fabriquons des burnous traditionnels et autres effets en laine. Même si cela demande beaucoup de temps, nous arrivons tout de même à gagner notre vie », nous a avoué cette femme d’Ath Ali, tandis que cette femme et ses deux filles d’Ath Sidi Maâmar ont préféré la poterie. « C’est la poterie traditionnelle. Nous n’utilisons aucune machine. Notre poterie arrive même dans d’autres villes du pays. Nous n’allons pas faire fortune, mais nous subsistons. Et puis, nous sauvegardons ce qui reste de ce métier », telle est l’impression d’une femme au foyer qui veut monter une entreprise dans ce domaine. Etant aussi une région à vocation agricole aussi bien au centre que dans les montagnes, les jeunes Frikatis s’intéressent à l’apiculture et à l’arboriculture. Les jeunes de Frikat ne veulent pas être des défaitistes. « Il vaut mieux gagner son pain avec des sacrifices que de penser à partir au risque de sa vie vers d’autres cieux. Je suis contre ce nouveau phénomène qui guette notre jeunesse. Devenir haraga n’est guerre une solution. Mourir en mer pour un autre idéal est pour moi une utopie », nous a répondu à propos de ce sujet qui occupe les unes de la presse nationale un ingénieur en informatique. A Frikat, les jeunes attendent la réalisation des locaux commerciaux lancés à proximité de la mairie pour espérer lancer leurs propres micro-entreprises. En définitive, ce ne sont pas les postes de travail arrachés dans le filet social qui vont résoudre cette crise aiguë, mais il faudrait peut-être penser au moyen d’exploiter au mieux les potentialités existantes.
Amar Ouramdane
