Retour à la chasse aux grives et étourneaux

Qui a dit que les jeunes ont perdu de vue certaines traditions ? En tout cas pas chez les jeunes de Seddouk qui s’adonnent à leur plaisir préfèré : la chasse aux grives et aux étourneaux, pratique ancestrale vieille comme le temps. Ces oiseaux migrateurs arrivent dans la région au mois d’octobre, venant d’Europe, fuyant la rudesse hivernale dans ce continent et ne repartent que vers le mois de mars, s’épargnant les grandes chaleurs de l’été africain. Ils arrivent une fois l’olive mûrie et se nourrissent de ce produit pendant tout leur séjour. C’est une fois la campagne de la cueillette des olives terminée, rendant le produit rare dans les champs que les chasseurs entament leur campagne de chasse. Le dispositif pour attirer les oiseaux et qui est tendu au pied d’un olivier est fait sur la base d’un plant d’olivier fin et long, se pliant mais ne se cassant pas et d’un fil fin très résistant. Pour diminuer les risques de mortalité des oiseaux pris à ces pièges, généralement deux rotations de surveillance, si ce n’est pas plus, se font chaque jour : l’une le matin et l’autre en fin d’après-midi car un oiseau pris ne résiste pas trop en s’agitant pour se débarrasser du nœud de fil solide qui le tient au cou. Si l’on s’en tient à cela, s’il est repéré par un prédateur tels que le chacal, la fouine et tant d’autres, sans défense il est automatiquement attaqué et dévoré. La journée la plus faste et la plus rentable pour un chasseur c’est quant il attrape une perdrix. Trois possibilités s’offrent lui : soit il la mange— viande très appétissante—, soit il la met en cage pour la garder le plus longtemps possible car c’est un oiseau qui s’élève facilement en cage. Soit encore il la vend à un prix fort avoisinant les 600 00 DA. Arezki, retraité, la cinquantaine passée, s’adonne à ce plaisir d’abord parce qu’il aime la chasse et la promenade dans les champs. « La chasse au gibier, au-delà de ce plaisir est de tendre un piège comme au bon vieux temps quand j’étais jeune, ça me permet aussi de tuer l’ennui et faire de la marche pour le plaisir », dira le quinquagénaire. Le jeune Mohand, lycéen, fait, lui, de la chassée par plaisir d’attraper des oiseaux, soit pour les manger, soit pour les exhiber à ses camarades. « Les pièges je les tends le week-end, car dans la semaine je leur rends seulement et furtivement visite chaque matin et après-midi. Mon plaisir est de participer aux discussions sur la chasse qui vont bon train à chaque fois que je me retrouve avec les copains où chacun tente de vanter ses mérites et compétences à ce sujet », nous informe ce jeune faisant visiblement de la chasse un bon loisir. Une campagne de chasse n’est sans doute ni l’apanage des gens ni encore moins des vieux, mais voilà : chacun trouve son compte.

L. Beddar