La chasse aux grives fait fureur

Des chômeurs en quête d’un petit boulot de subsistance ou encore des scolarisés à la recherche d’argent de poche s’y consacrent entièrement pendant leurs heures creuses ou les jours fériés. C’est, depuis l’avènement de l’hiver, le coup de foudre pour la passion de chasser et un réveil brutal pour une vocation en jachère depuis des lustres. De plus en plus nombreux, ces chasseurs affluent dans les boutiques de quincaillerie générale de Tazmalt ou encore au marché hebdomadaire où ils ratissent les étals à la recherche des pièges rudimentaires. A 30 DA l’unité en moyenne, ils achètent 15 à 20 pièges qu’ils vont dissimuler sous terre dans les champs écumés à présent par ces oiseaux migrateurs qui vadrouillent tous azimuts pour trouver leur nourriture. Du piège embusqué, seul un ver de terre utilisé comme appât sera apparent pour attirer le passereau. Inutile de faire un dessin pour expliquer comment le piège va se refermer sur le cou de l’oiseau dès lors qu’il aura donné le moindre coup de bec pour s’emparer de l’insecte en mouvement. D’un chasseur à l’autre, la manière de chasser diffère. Explication : certains préfèrent tendre ces pièges la nuit. Dans ce cas de figure, ils se doivent de se lever à l’aube et de les surveiller de peur que d’autres les découvrent et les dérobent. En général, au lever du jour, ils opèrent un premier contrôle pour vérifier les prises et ça leur permet d’attraper nombres de grives vivantes ou mortes et de réarmer les pièges ayant fonctionné. Ainsi, ils se donnent un autre rendez-vous pour passer de nouveau en revue ces petits filets mécaniques enfouis, à l’exception de l’appât alléchant et apparent pour inciter l’oiseau à picorer. Selon le nombre de pièges tendus et la patience dont ils peuvent faire preuve, les chasseurs de grives peuvent en attraper des dizaines par jour. A raison de 50 DA l’unité, cela fait tout de même une aubaine à des dizaines de chasseurs pour gagner un peu d’argent : de quoi subvenir à quelque besoins personnels et de ne pas avoir à dépendre pendant quelques temps des revenus parentaux mis à mal par l’inflation. D’autres, dans le souci d’attraper des grives vivantes, car plus cotées, choisissent eux de recourir à d’autres procédés. Ils utilisent des substances adhésives qu’ils prennent le soin de transposer sur des épis d’alfa. Les épis d’alfa renfermant une colle d’origine végétales sont tendus sur des branches d’arbres ou à hauteur de points d’eau. Les prises sont plus fulgurantes que lorsqu’il est fait usage des pièges traditionnels. Les étourneaux qui évoluent en essaim important sont difficiles à chasser par ces moyens. Avec la conjoncture actuelle, rares sont de nos jours les chasseurs qui leur donnent du fil à retordre qui recourent à l’usage de chevrotines. Néanmoins, quand on est dans ce cas de figure, et à l’issue de chasses qui s’opèrent de nuit en général, les prises sont très importantes et l’on atteint plusieurs dizaines d’oiseaux à chaque coup de fusil. Les oiseaux attrapés sont vendus à proximité de routes nationales à une clientèle qui a un faible pour l’utilisation de ces oiseaux à la chair succulente dans leur gastronomie. A Ighil Ali, une daïra limitrophe perchée sur une autre région montagneuse à vocation oléicole, nombreux sont également ceux qui chassent en cette période les grives et les étourneaux en recourant aux mêmes procédés. Enfin, la même coutume existe à travers la commune de Tazmalt où la chasse à ces passereaux bat son plein. Bien sûr, les moyens de chasse semblent inadaptés quand on considère le nombre effarant de grives et d’étourneaux qui se sont établis chez nous depuis le début du mois d’octobre dernier. On dit que ces impressionnantes colonies se livreront indéfiniment à chasser des insectes et surtout à manger des olives bien mûres.

Z. F.