Une merveilleuse source en friche

A l’entrée d’une piste rocailleuse surmontée d’escarpements hauts de quelque soixante mètres, une ambiance d’ombre et d’humidité enveloppe les lieux. La rosée et le givre des nuits claires du mois de janvier ne s’estompent qu’au début de l’après-midi lorsque le soleil parvient à l’horizon occidental.

Un couvert végétal au feuillage luisant, constitué de maquis et de taillis de chênes verts, ajoute une note bucolique à ce décor d’eau, de galets et de troupeaux de chèvres.

Après mille cinq cent mètres de marche dans la piste, nous entendons sur notre droite des gargouillements dont il est difficile de situer la provenance. Notre guide nous conduisit jusqu’au lieu du jaillissement de la source de Sidi Brada. Sur une dalle rocheuse pentue et à fleur du sol, jaillit avec une étonnante pression une eau cristalline sortie des entrailles de la terre par la voie de crevasses naturelles. On dirait que le liquide est actionné par des asperseurs. Toute la masse rocheuse résonne d’un bruit intérieur et d’éclats extérieurs qui transmettent au visiteur un sentiment de beauté mystérieuse.

Les enfants de Ben S’haba, montés sur leurs baudets, viennent s’approvisionner ici en eau potable.

L’éventualité d’un aménagement de cette source est évoquée avec les habitants. Mais, disent-ils, la somme réservée par les projets traditionnels à l’aménagement des sources, soit cinq cent mille dinars en général, ne pourra pas suffire pour valoriser un tel potentiel. En effet, la source de Sidi Brada, une fois bien captée et construite, pourra alimenter plusieurs hameaux bien au-delà de Ben S’haba. Pour l’instant, on n’en est pas là ; la population continue à vivre le calvaire de l’approvisionnement en eau.

En été, pour sauver certaines jeunes plantations fruitières réalisées dans le cadre du Projet d’emploi rural (PER II), certains n’ont pas hésité à acheter l’eau par citernes auprès de vendeurs occasionnels. C’est le prix à payer pour assurer la pérennité de l’investissement.

Pendant ce temps, Sidi Brada continue à glouglouter et à donner l’eau à la bouche.

Amar Naït Messaoud