Morts pour fausses couches ou bien amputées par erreur, innombrables sont les personnes à qui les médecins ont ôté le sourire à jamais, pire encore, leur ont gâché l’existence. Chez nous le sujet des erreurs médicales demeure tabou et l’ampleur exacte du phénomène est très mal connue en l’absence de statistiques fiables ainsi que textes judiciaires et l’opacité entourant les faits et cela sous le silence des pouvoirs publics. » Le nombre de patients qui trainent les séquelles d’une mauvaise qualité de soins ainsi que les erreurs de prophylaxie en Algérie sot nombreuses et diverses et les personnes et les personnes atteintes se taisent souvent sur le sujet selon elles, tabou « , nous dira pour autant M. Larbi, avocat.
Néanmoins, ces dernières années, il semble que les gens acceptent de moins en moins de fermer les yeux sur les erreurs de médication aux conséquences souvent mortelles et cela vu le nombre de plaintes déposées au niveau de différents tribunaux du pays aussi est-il fréquent que la presse rapporte des cas de morts douteuses ainsi que des fautes médicales entrainant de graves séquelles ou les structures hospitalières sont mises en cause, sinon en accusation. L’affaire des bébés morts qui a défrayé la chronique durant plusieurs jours causant des émeutes. Cette tragédie n’est que la partie apparente de l’iceberg. La réalité serait encore plus dramatique qu’on ne le soupçonne, si la prise de conscience vis-à-vis du phénomène permet certainement sa prévention, voire sa réduction, elle permet aussi de mieux connaître l’étendue des dégâts, car la banalisation des erreurs médicales conduit souvent à un désastre certain où la victime est souvent livrée a elle-même en l’absence de textes judiciaires qui permettent réparation.
Des erreurs et des interrogations
Pour se rendre compte de l’étendue du phénomène, il suffit de se rendre à l’hôpital ou au tribunal. Mais le domaine où les erreurs médicales sont les plus fréquentes est celui des maternités.
Les victimes de ces négligences sont assez nombreuses,le cas édifiant de Fatiha qui est décédée suite à un accouchement par césarienne n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, son mari raconte les larmes aux yeux » le jour de l’accouchement nous nous sommes rendus à la clinique et sur place et à première vue le médecin nous a ordonnés l’accouchement par césarienne sous le prétexte que le bébé était trop gros pour un accouchement normal. Durant l’opération ma femme s’est réveillée car l’effet de l’anesthésie s’est atténué, elle criait de douleur on lui a alors administré une deuxième dose qui lui a été fatale, après 12 jours de coma elle décède.”
Il a porté l’affaire devant la justice » je vais me battre jusqu’à ce que justice soit établie. Ils voulaient l’accoucher par césarienne car cette dernière coute 45 000DA tandis que par voie normale elle coute 18 000DA, martèle-t-il. Autre cas regrettable celui de Salima qui a perdu son bébé » quand je me suis rendue à l’hôpital pour accoucher le médecin nous a orientés vers une clinique privée en nous donnant même l’adresse car il fallait une intervention que l’hôpital ne pouvait effectuer faute de moyens, nous avons perdu beaucoup de temps en cherchant ladite clinique, malheuresement une fois sur place j’ai perdu beaucoup de sang et j’ai eu des complications fatales et après une intervention au forceps j’ai perdu le bébé, en réalité le médecin qui nous a orientés vers la clinique privée était la femme du directeur de l’établissement.
En effet, ce témoignage émouvant révèle l’existence de certains liens entre le privé et le public qui travaillent ensemble pour ensuite en tirer des bénéfices. Pathétique réalité pour un système de santé déjà fragilisé par sa mauvaise gestion et le manque de moyens humains et matériels. Nous nous sommes rendus à cette clinique pour en savoir plus mais la direction ainsi que le personnel s’est refusé à tout commentaire. Autre cas celui de cet homme qui a perdu son fils suite à une transfusion sanguine avec du sang OR+ alors que lui est OR-, une omission aux conséquences dramatiques.
D’autres personnes sont victimes de négligences dans un métier qui ne tolère pas d’erreurs où des médecins oublient après une opération des compresses ou des morceaux de coton à l’intérieur des corps. Ainsi ces personnes sont souvent victimes de problèmes de santé liées à ces objets oubliés qui conduisent malheureusement quelques fois à leur mort. La circoncision est aussi touchée par le phénomène, un exemple ce père dont le fils a été victime d’une circoncision ratée ou on lui a sectionné une artère » la fête s’est transformée en tristesse et colère, heureusement qu’il s’en est sorti après 15 jours d’hospitalisation mais les séquelles sont toujours visibles » nous dit son père. Le comble et comme si cela ne suffisait pas les medecins, infirmiers et aides-soignants se renvoient la balle.
Ainsi, il s’avère que la responsabilité médicale constitue un sujet aussi vaste que complexe. Des cas à la fois émouvants et touchants sont signalés et qui suscitent bien des commentaires. Combien d’accouchements ratés ! Comment un médecin peut-il se justifier en oubliant un pansement ou un objet à l’intérieur du corps du patient ou pire encore en lui amputant un membre sain par erreur ? La question demeure entiére, car les médecins qu’on a interrogés ont majoritairement refusé de s’exprimer sur le sujet, peut-être trop tabou dans le milieu médical voire trop sensible. Certains s’estiment dépassés par le travail ou bien faute de moyens.
105 plaintes déposées
Cela étant dit, le chiffre reste officieux, car bon nombre de victimes refusent de déposer plainte et d’autres sont indemnisées par arrangement surtout dans le secteur privé.
Un juriste estime que » bien que le nombre de plaintes qui aboutissent au niveau de la justice soit insignifiant,néanmoins il est en constante augmentation ces dernières années « , en effet alors que le nombre, plaintes était entre 1986 et 1994 de 35, il a pratiquement doublé en l’espace de 5 ans seulement et ce, à l’échelle nationale.
Aussi et dans le même registre, on saura que plusieurs affaires inhérentes aux fautes classées » non assistance à personnes en danger » ont été portées devant la justice. Joint par nos soins pour avoir plus de précisions M.D, juge de son état nous dira » en matière penale, la responsabilité devient personnelle et individuelle, le praticien comparâit devant une juridiction compétente pour défendre son acte, toutefois, quand la faute s’avère être commise par un médecin privé exerçant dans un cabinet médical elle set classé civile ou pénale et est endossée par le médecin lui-même » pour sa part, l’avocat de l’une des victimes susmentionnée, qui semble maîtriser le sujet a apporté quelques éclaircissements concernant les erreurs médicales. Pour lui il, faut tirer la sonnette d’alarme car aucun des médecins accusés et jugés n’a été condamné et ce, nonobstant les preuves irréfutables. Il conclut en citant la loi 239 du code pénal qui est loin d’être respecté voire appliquée que lors des jugements » l’auteur d’une négligence ou erreur professionnelle durant l’exercice de ses fonctions et qui porte atteinte à la santé du patient qui entraîne un handicap permanent où bien met sa vie en danger ainsi que causera son décès sera poursuivi et sévèrement sanctionné. «
Les charlatans de la chirurgie esthétique
Ces dernières années un nouveau type de médecine est apparu chez nous, les cabinets médicaux spécialisés dans la chirurgie esthétique même s’ils ne sont pas nombreux (luposuccion, rhinoplastie etc.) la pratique est peu courante mais les dégâts sont considérables, le plus frappant est que ces médecins opèrent avec juste une formation de généraliste et une formation accélérée en esthétique et ce en l’absence de branches spécialisées en Algerie. Il y a aussi des cabinets qui travaillent dans la clandestinité. Ainsi ces dernières années plusieurs cabinets ont été fermés que ce soit pour illégalité ou bien un manque flagrant d’hygiène. Pour ce qui est des victimes, elles sont assez nombreuses.
Le dénommé S. Amine est l’exemple vivant de cette pratique, il nous relate sa mésaventure » j’ai voulu pratiquer une luposuccion (opération qui consiste à aspirer la graisse du ventre pour réduire sa dimension) quand j’ai vu que la pratique existe en Algérie, l’hygiène manquait dans la cabinet et après l’opération, à première vue, des séquelles étaient visibles sur tout mon ventre et d’après le médecin elles allaient disparaître, mais hélas, deux ans plus tard, elle sont toujours visibles, il m’a gâché les vacances » autre cas celui de Imad qui subi une rhinoplastie mais cette fois-ci chez le public mais le résultat n’était pas du tout satisfaisant, mon nez n’a subi aucun changement et en plus de cela le médecin a oublier une mèche à l’intérieur qu’il a fait retirer après deux mois de souffrances. J’ai ensuite entendu parler de Tunisie qui a une très bonne expérience dans le domaine ils vous offre un séjour plus une opération à un coût raisonnable l’opération a été une totale réussite. En effet l’Algérie demeure très en retard dans le domaine comparé à ses voisins et ce, vu le manque de moyens et de formations. Ces médecins profitent de la naïveté de leurs patients pour leur soustraire des sommes d’argent faramineuses et ce, sans aucune couverture sociale une nouveauté de la pratique et les lois régissant la pratique.
Vigilance et discipline sont de mise
Face à cet état de fait une question s’impose que doivent faire les juge face à ce genre d’affaires d’homicides liées à la responsabilité du praticien ainsi que celle de la structure hospitalière quand on constate que les textes font défaut ? Pour M. Ziani avocat qui a traité une dizaine d’affaires liées aux erreurs médicales, le problème demeure entier. Très convaincu, il déclare que pour aider les victimes à prouver l’erreur de médication face à l’absence quasi-totale de textes judiciaires, il faut préconiser la formule d’assurance obligatoire pour les hôpitaux ensuite c’est à la caisse d’assurance de prendre en charge les malades victimes des erreurs. En effet, la hausse vertigineuse des erreurs médicales et ce, nonobstant l’absence de statistiques exactes, conforte l’idée selon laquelle le secteur de la santé en Algérie est malade de la fragilité de ses structures, du manque de compétences lié à la fuite massive des cerveaux à l’étranger ainsi que le manque de formations dans divers spécialités.
Le manque de moyens hospitaliers (infrastructures d’accueil pour malades ;moyens de dépistage et d’intervention modernes) est aujourd’hui criant. Les Algériens ont de quoi s’inquiéter et de devenir furieux de la détérioration des conditions de la prise en charge médicale ainsi que les mauvais soins prodigués et cela sous le fallacieux prétexte » soins gratuits, service minimum. »
Dans le contexte de marasme généralisé, l’erreur médicale paraît inévitable et rien ne prédit objectivement sa diminution dans un avenir proche, si l’on ajoute à cela l’indifférence des pouvoirs publics et l’inconscience de larges pans de la société, le scepticisme ne peut être que de mise. Outre le respect scrupuleux par le médecin du serment d’Hypocrate et de la vie humaine, le contrôle rigoureux des moyens utilisés avant toute intervention sur les patients pour éviter des erreurs aux conséquences graves ainsi que la contamination accidentelle est vivement recommandé. Mieux encore, ce geste de prévention qui pourrait sauver des vies humaines devrait être observé et cela, selon une discipline stricte qui ne laisse pas sans sanction les auteurs de ces omissions.
Hacène Merbouti
