Que ce soit pour les légumes et les fruits, les produits laitiers, les œufs et les viandes blanches, rien ne semble pouvoir stopper la valse des augmentations des prix à la consommation. Les salariés de la fonction publique languissant, attendant l’entrée en vigueur du nouveau statut pour encaisser quelques sous supplémentaires voient au contraire les prix des produits de base flamber, à l’image de l’huile de 5 litres atteignant les 800 DA. Sans commentaires pour les autres travailleurs non concernés ou les chômeurs qui forment, eux, un pan de la société vivant en dessous du seuil de pauvreté. Explications : ces couches défavorisées ne peuvent plus aujourd’hui avoir accès à un logement décent tant leurs revenus sont insuffisants ou inexistants. Pire, l’accès aux soins les plus indiqués s’avère hors de portée de la classe moyenne qui s’efface, ensevelie par un tsunami d’augmentations qui se sont succédée a un rythme infernal.
Les honoraires des médecins sont élevés et les examens médicaux inaccessibles à ces franges vulnérables sachant que sans couverture sociale elles ne peuvent plus prétendre se faire rembourser par la sécurité sociale. De nos jours, beaucoup de familles n’ont même plus droit à une consultation médicale où elle sont tenues de débourser rubis sur ongle jusqu’à 1200, voire 2000 DA chez un spécialiste lorsqu’il s’agit de subir une visite assortie d’un examen radiologique tel que le Deppler, l’électrocardiogramme, l’électro-encéphalogramme ou autre échographie visant à diagnostiquer une pathologie interne.
Des malades dont le diagnostic vital nécessite un scanner ou une IRM n’ont pas les moyens d’une telle prise en charge même si leur vie en dépend. Pire, la configuration sociale actuelle semble plus alarmante. Selon des enseignants exerçant dans cette région en proie à une pauvreté qui gagne du terrain, nombre d’enfants ne peuvent même plus prendre un bol de lait avant d’aller aux cours, surtout à la campagne : l’étui de lait en poudre a atteint jusqu’à 350 DA l’étui de 500 grammes. En matière d’électricité ou de gaz, de plus en plus de citoyens peinent à s’acquitter de leur factures même sous peine de se voir couper la provision. Les montants effarants des créances de Sonelgaz impayées en sont une parfaite illustration. Même topo pour les loyers qui s’accumulent au point de former des dettes faramineuses. Preuve à l’appui l’OPGI de Tazmalt a maille à partir avec beaucoup de locataires dont les loyers sont impayés depuis des années, pour ne citer que cette petite ville, 40 km à l’est de Bouira. Plus, certaines familles surendettées risquent d’être l’objet de poursuites judiciaires et d’être expulsées par les forces publiques. Un autre indice illustre que le pouvoir d’achat s’effondre : ces taudis indécents qui profilèrent çà et là. Le sombre tableau exhibé par la ville d’Akbou pour ne citer que celle-là en fait foi, en ville ou en banlieue. De même que l’augmentation des fléaux de la mendicité, de la délinquance et de la prostitution constituent autant d’indices qui confirment que le combat contre la pauvreté est loin d’être couronné de succès.
Les augmentations promises sont encore une chimère et la situation sociale de ces catégories vivant presque dans un dénuement total fait pâle figure. De quoi faire dire aux Bouiris que l’année 2008 sera plus sujette à l’inflation que l’année écoulée. Pour eux, les prix à la consommation ont déjà pris l’ascenseur alors qu’importe si les salaires prendront l’escalier dans un ou plusieurs mois. Alors ne prenant pas pour argent comptant les solutions miracles entonnées par les élus lors de la campagne électorale, à Bouira, les citoyens se demandent ce qu’il va advenir de leur pouvoir d’achat. En l’absence d’une politique appropriée pour mauriser cette course effrénée de l’inflation, la précarité sociale semble progresser de manière inquiétante. Ce qui est difficile à digérer pour les citoyens démunis c’est d’avoir sans cesse à supporter une panoplie de privations pour survivre alors que l’embellie pétrolière est à son paroxysme.
Autres mauvaises surprises pour les citoyens : le fait de trouver encore chez beaucoup de commerçants les anciens prix de la semoule alors qu’ils attendaient que les prix, subventionnés par l’Etat, prennent effet à compter du 1er janvier 2008. Enfin, les étudiants aussi, avec une bourse statique, font les frais de cette flambée générale que rien ne semble arrêter. Que peuvent bien faire les citoyens pour améliorer leur cadre de vie alors qu’ils ne peuvent même pas avoir accès à un emploi ?
Z. F.
