La laie bernée (Thilefth itsoukelkhen)

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(4e partie et fin)

Ne se doutant de rien, les chacals acceptent à l’unanimité. Le chacal à la queue tronquée descend de son perchoir. A l’aide d’une corde ramenée à cet effet, il attache solidement les queues. Contre toute attente, il remonte sur le figuier et se met à crier à haute voix !- A vav b-ourthiNejmaâen ouchanenOussand irkouliLa-k’ thetsen ih’vouven !(Propriétaire du figuier, les chacals se sont rassemblés, ils vont manger les figues préférées !)Les vociférations du chacal parviennent aux oreilles du paysan. Muni d’une fourche de bois à deux dents, il se précipite vers l’endroit d’où provient le brouhaha. Le voyant arrivé, pour lui échapper, les chacals tirent chacun de son côté. Résultat, leurs queues à tous furent tronquées. Le chacal à la queue coupée est arrivé à ses fins, désormais rien de particulier ne le distingue des autres chacals. Quand tous les chacals se sont éclipsés avec leurs queues tronquées, il descend triomphalement du figuier et se dit à lui même :- Oulach ouin ay iâqlen akkadiOuchanen aok am nekini !(Personne ne me reconnaîtra ainsi, tous les chacals ont comme moi, la queue tronquée !)Voulant venger à tout prix ses petits, aidée de sa famille et de ses amies, la meute de chacals fut encerclée. Mais comme ils ont tous la queue coupée, le coupable ne fut pas trouvé. Loin de s’avouer vaincue, elle veut tous les massacrer. Sur le point de le faire, elle se ravise et les soumet à deux épreuves.Elle présente à tous la viande très épicée. D’après ce qu’on lui a dit, le coupable va se dévoiler en criant le premier.- Itheqès ouk’soum agiIqarah’ d’i thyarsi !( Le plat est très épicé, il brûle dans le gosier !)Se doutant de quelque chose, le chacal à la queue tronquée fait semblant de goûter. Après avoir mangé, tous s’écrient en chœur, – La viande brûle le gosier ! Impossible pour la laie de reconnaître le prédateur de ses petits.La première épreuve ayant montré ses limites, la laie décide de passer à la seconde épreuve.Sous bonne escorte, elle mène les chacals vers une mare. Comme la viande qu’elle leur a servie était très piquante et très salée, ils se mettent à boire avec avidité. Ils boivent tellement qu’ils se gonflent comme des outres. Alourdis, ils passent de vie à trépas sur le champ. Seul le chacal à la queue tronquée, qui avait fait semblant de manger a pu s’échapper. Loin de tout danger, il lance à l’adresse de la laie :- Khalem ikelkhamMazal am ikelakhIkhlayam akhamMazal fellam akakhkakh !(Ton oncle chacal t’a bernée et te bernera encore des décennies. Il t’a dévoré tes petits, de toi il continuera à se moquer !)La laie râle de dépit, impuissante à se venger, elle le voit s’éloigner en toute liberté. Elle martèle le sol de ses sabots et laboure la terre de ses défenses avec frénésie. Elle digère mal le fait d’avoir été dupée.«Our kefount eth h’oudjay inou our kefoun ir den ts emz’ine as n-elaid an en etch ak’ soum ts h’emz’ ine ama n g’a thiouenz’ iz’ ine.»(Mes contes ne se terminent comme ne se terminent l’orge et le blé. Le jour de l’Aïd, nous mangerons de la viande et des pâtes, jusqu’à avoir des pommettes rouges et saillantes).

Benrejdal Lounes

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