Plus jamais un wali en prison !

Partager

Par Anouar Rouchi

“La presse est un sujet trop important pour le confier aux journalistes”, serait-on tenté de dire pour paraphraser un illustre personnage se prononçant sur la guerre et les militaires. Cela ne signifie pas que l’acte d’écrire et d’informer ne leur revient pas. Encore faut-il qu’ils aient bénéficié d’un minimum de formation et qu’il aient souscrit aux règles déontologiques de leur métier. Pour faire simple, le journaliste a le devoir d’informer, y compris quand l’information n’arrange pas ses propres intérêts et ses convictions personnelles. A contrario, il a le droit de commenter l’information selon sa propre grille de lecture. Dès lors que ces deux postulats simples sont respectés par toutes les parties, nul ne peut prétendre que la liberté de la presse est mise à mal. Il est en effet un monde qui sépare la liberté de s’exprimer de celle d’insulter, la liberté de décrire de celle de mentir, la liberté de dire de celle de médire…La profession elle-même reconnaît dans ses débats internes, fort rares malheureusement, qu’elle se rend parfois coupable de dépassements inacceptables. Est-ce pour autant que le principe même de l’emprisonnement d’un journaliste peut être retenu dans un pays aux prétentions démocratiques avérées ? Certainement, non ! Et on ne peut que s’élever contre la pluie de peines de prison prononcées ces derniers jours contre nombre de journalistes et de patrons de presse. Mais par ailleurs, une question se pose : un journaliste est-il un citoyen ? Comme c’est bien entendu le cas, est-il soumis au même titre que tous ses concitoyens aux lois de la République ? Bien évidemment, oui. Dans tous les pays du monde, y compris les plus avancés d’entre eux, il existe l’immunité diplomatique et l’immunité parlementaire qui peuvent être levées selon des mécanismes connues et dans des cas de délit graves avérés. Dans aucun pays au monde, il n’existe d’immunité journalistique. Entendons-nous bien : mettre un journaliste en prison pour la teneur de ses écrits ou un caricaturiste pour la nature de son œuvre est une aberration. Mais un patron de presse, un journaliste, un caricaturiste, au-delà de leur vie professionnelle, ont leur vie tout court. Un patron de presse coupable d’actes de gestion frauduleux est-il condamnable ? Un journaliste ou un carticaturiste confondu dans un délit de droit commun ou auteur d’un acte attentatoire aux intérêts matériels et/ou moraux de personnes ou de la collectivité est-il condamnable ? La réponse coule de source. Nul n’est au-dessus de la loi. “Plus jamais un journaliste en prison !” voilà donc un slogan généreux, certes mais qui demande à être nuancé. Au moment où des walis sont jugés et emprisonnés, imaginons que la corporation des walis se lève comme un seul homme et s’écrie, à son tour : “Plus jamais un wali en prison !” Pire : pensons un seul instant que, suite au jugement et à l’incarcération d’un enseignant pédophile, les syndicats des enseignants se mettent à clamer à leur tour : “Plus jamais un enseignant en prison !”Il est des vérités qui méritent d’être dites. Chacun de nous doit se mobiliser pour garantir le libre exercice de la profession de journaliste. Mais personne ne doit accepter qu’une corporation, quelle qu’elle soit, bénéficie de l’impunité. Voila, c’est dit. Et tant pis pour les coups à venir.

A. R.

Partager