Kamel est un jeune malade mental d’un genre exceptionnel : c’est une véritable machine de nettoyage de l’environnement. Qu’il vente ou qu’il pleuve et du matin au soir, comme une mécanique bien réglée, il s’attelle à sa tâche de ramassage de détritus qu’il fourre dans un sac de jute, habitude qui lui est restée depuis qu’il a été employé pour quelques mois — en 1993 — par l’APC dans une opération de nettoyage dans le cadre du filet social. Sans répit ni week-end (sauf en cas de décès : il ne rate jamais une cérémonie d’enterrement), il sillonne les différentes allées du chef-lieu de la commune et ramasse minutieusement papiers, sachets ou tout autre détritus qui lui tombe sous la main. Une fois son sac bien bourré, il s’en va le vider au niveau de la décharge publique et revient aussitôt reprendre sa besogne sans céder ni à la fatigue ni aux rudes conditions climatiques.
Il se stimule en fredonnant sans arrêt des mélodies tirées du répertoire de feu Matoub Lounès. Agé de 30 ans, marié et père d’une fillette, il vit de la maigre pension accordée aux handicapés mentaux et physiques.
Etant orphelin de père, sa maladie étant proportionnelle, il pourrait peut être facilement récupéré par une bonne prise en charge. De plus, vu sa situation sociale des plus précaires et vu aussi le service fort appréciable qu’il rend à la collectivité, ne juge-t-on pas humain de le rémunérer au même titre que les éboueurs de la commune ? De plus, en ramassant à mains nues des ordures de tous genres, il s’expose et expose en même temps sa famille à toutes sortes de maladies, ce qui ne semble pas préoccuper pour autant les responsables de l’APC ni ceux de la prévention. Aussi, nous interpellons au passage les responsables de la Protection sociale de la wilaya de Bouira aux fins de se pencher sur le cas de ce malade et sa famille.
C’est en errant à travers la nature qu’il aime bien, qu’il retrouve un peu de soulagement à son handicap et la nature le lui rend bien. Nous ne lui connaissons aucune autre maladie, même une grippe.
Malgré son activité des plus risquées, d’une tranquillité absolue, doublée d’un comportement irréprochable, personne ne le repousse, même à l’intérieur des cours privés : il est plutôt bien accueilli et avec compréhension.
Que nous reste-t-il, nous, sains de corps et d’esprits, quand un malade mental nous donne une bonne leçon de civisme en ramassant nos déchets pour nous rendre « notre cadre de vie » plus agréable et moins pollué ?
Un autre malade à M’chedallah prenait toute la ville de M’chedallah pour un hôpital et ses résidents des malades : peut-être que Kamel de Saharidj a la même vision et il n’aurait pas tout à fait tort au vu des détritus et déchets jetés n’importe comment et n’importe où, empoisonnant l’environnement ?
Omar Soualah.
