En ce début du 3ème millénaire, au cœur de l’Algérie profonde, se trouvent encore des hameaux perdus que la civilisation n’a même pas effleurés. A l’encontre de l’Algérie officielle, existe une autre Algérie, celle boudée par les officiels qui ne se souviennent de ces coins indésirables que lors des rendez-vous électoraux pour courtiser leurs populations auxquelles ils promettent monts et merveilles. Des promesses vite oubliées qui laissent ces pauvres villageois se débattre dans des problèmes dignes de l’époque médiévale.L’exemple d’un village, situé à quelques encablures de la capitale, qui vit dans des conditions déplorables, et dont la population est privée des droits les plus élémentaires, illustre parfaitement cette situation.La population du douar Bouhanou, dans la wilaya de Tipasa, par la voix de son comité de village, revendique depuis des années son droit à une vie décente. Les multiples correspondances adressées par les habitants de ce douar aux autorités concernées sont restées lettres, morte et leurs doléances n’ont trouvé aucune oreille attentive. C’est pourquoi ils se remettent à la presse pour alerter l’opinion publique sur la misère dans laquelle survivent ces Algériens qui ont vécu jusqu’à un passé très récent dans le noir le plus total. L’électrification de ce hameau s’est fait depuis peu de temps, mais ce qui reste encore à faire est énorme. Les foyers sont dotés d’électricité depuis deux années, mais l’éclairage public reste toujours un luxe pour les habitants de ce douar.Le doyen du douar Bouhanou, M.Taâlbi âgé de 83 ans, qui ne désespère pas, en dépit des innombrables non-recevoirs à toutes ses tentatives, de voir son village sortir de sa léthargie et ses habitants profiter des avancées qu’enregistre leur pays. Chargé par ces derniers de porter leurs doléances à la connaissance des services concernés, notre interlocuteur nous a déclaré que « c’est inconcevable qu’en 2005, à l’ère de l’informatisation et de la globalisation, notre village ne compte pas encore une école pour nos enfants qui parcourent des kilomètres pour acquérir le savoir, avec tous les risques que cela peut engendrer sur la sécurité de nos enfants”. Les routes qui les y mènent sont impraticables et rien n’a été fait dans ce sens. L’établissement scolaire le plus proche se trouve à 20 km dans le village de Ouled Aïssi et l’ancienne école se trouve dans le douar. On ne peut pas trouver un dispensaire avant d’avoir parcouru au moins une trentaine de Kilomètres dans la commune de Bouyamen.Les canalisations des eaux usées sont inexistantes et les branchements d’eau potable n’ont toujours pas été réalisés à ce jour. Les trente-huit familles qui habitent une soixantaine d’habitations précaires, datant de l’ère coloniale, courent quotidiennement le risque d’intoxication et de maladies à transmission hydrique (MTH).Face au désert culturel et au chômage auquel sont confrontés les jeunes de ce douar que l’oisiveté ronge à longueur de journées, ces derniers n’ont aucun moyen de se distraire ou de s’épanouir. Fatigués de s’adosser aux murs, et de voir leur jeunesse s’égrener au fil des heures, sans présent et sans avenir, ils réclament un minimum de considération. Aucun investissement n’a été réalisé pour cette population pauvre qui ne sait plus à quel saint se vouer pour survivre et qui a mis tout son espoir dans la presse, comme dernier recours pour se faire entendre.
H. H.
