Un nom à retenir donc dans ce cercle de jeunes écrivains qui promettent. Grande passionnée de la langue de Molière et de sa littérature, Mlle Azzi qui a déjà rédigé en 1999 un manuscrit scolaire portant sur l’histoire de la Révolution alors qu’elle avait tout juste 12 ans, vient de récidiver de fort belle manière toujours dans son domaine de prédilection, à savoir l’histoire contemporaine de l’Algérie, en signant un excellent essai traitant d’une tranche de vie de son grand père maternel tombé au champ d’honneur à Ath-Douala. Un récit émouvant, une narration romancée pleine d’enseignements sur ces anonymes qui ont bradé tout ce qu’ils avaient de plus cher pour que ce pays retrouve sa liberté et recouvre son indépendance. La jeune écrivaine native de Maâtkas vient ainsi d’apporter un formel démenti à tous ceux qui prétendent que nous n’aurions plus de relève en matière de producteurs littéraires en s’invitant de force dans un domaine où prédominent particulièrement la vieille garde. Son ouvrage est fin prêt, édité à ses frais. Il sera disponible sur le marché sous peu. Rencontrée à Maâtkas, elle a aimablement accepté de répondre à nos interrogations en nous confiant toute cette passion des Lettres et de l’Histoire, qui l’anime, de son livre et de ses attentes.
Alors que vous devriez plutôt vous occuper de votre mémoire de fin d’études, vous venez de nous gratifier déjà d’un livre déjà ! Comment êtes vous venue précisément à l’écriture ?
l L’écriture est une passion pour moi et un besoin et c’est depuis que j’ai appris à m’exprimer que la plume s’est « collée » à ma main. Et puisque l’écriture est un moyen infaillible d’expression, je profite de cette opportunité. Je dois avouer aussi mon faible pour la littérature et l’Histoire et je me suis mise tout naturellement à écrire avec l’omniprésence de ces deux thèmes dans mon ouvrage.
L’idée d’écrire a-t-elle émergé en vous soudainement ?
l L’idée d’écrire ce livre ne m’est pas venue par hasard. C’était un rêve que je faisais depuis que j’étais sur les bancs du collège et que je viens enfin de concrétiser grâce à la collaboration de ma merveilleuse mère et j’espère que cette petite œuvre que j’ai faite en partie pour elle lui rendra son sourire terni depuis de très longues années. Je suis une fille qui croit que le rêve est comme l’espoir et l’un appelle l’autre et les deux sont primordiaux, et même si parfois le rêve ne se réalise pas, le fait de rêver et d’espérer déjà nous fait avancer et gagner beaucoup de choses
Dans Le rendez-vous manqué, vous avez beaucoup évoqué le patriotisme des Algériens mais aussi la perfidie d’une insignifiante minorité de ce peuple auquel vous avez rendu tous les hommages…
l Napoléon 1er avait dit : « Le dévouement pour la patrie est la première des vertus », et Rouget de Lisle a écrit : « Mourir pour la patrie est le sort le plus beau et le plus digne d’envie ».
Je suis fière de mes aïeux, de leur courage et de leur dévouement pour ce pays qui est le nôtre aujourd’hui. Nul n’ignore que le peuple algérien a mené l’une des révolutions les plus marquantes de l’Histoire contemporaine. Faire sortir l’occupant français après 132 ans n’a pas été chose aisée car cette liberté a été chèrement acquise. Je suis férue de cette Révolution ainsi que des Hommes qui l’ont faite.
Votre grand-père en faisait partie ?
l Mon grand-père a été parmi ces hommes qui ont refusé de se soumettre. Il était une personne mordue de la liberté jusqu’à la moelle ; il suffit de dire qu’il est rentré d’Alsace uniquement pour rejoindre les rangs de la prestigieuse ALN. Ce qui m’a vraiment poussée à écrire cet essai est sa dramatique mort. Mon grand-père mourut avant qu’il vit son nouveau-né, qui est ma mère, alors qu’il programmait sa rencontre le jour de son trépas. A vrai dire, il fut tué par des perfides. C’est ce qui est plus tragique car la traîtrise est le plus vilain défaut de l’homme, trahir son frère ou sa patrie est un acte vraiment ignoble et sordide.
Le titre de votre essai est donc en rapport avec cette rencontre manquée de votre grand-père avec son nouveau né ?
l Effectivement, ce rendez-vous manqué avec sa fille, qui naquit 2 mois auparavant, est l’événement le plus douloureux dans cette histoire, même s’il y a d’autres événements assez frappants. Je ne parle pas seulement de mon grand-père, j’ai cité d’autres moudjahiddines et chahids des Ath-Douala et Ath-Irathens, je n’ai pu me focaliser que sur mon grand père seulement du fait qu’il y a des gens dont le sort m’a captivée et que je n’ai pu omettre. Aussi, j’ai consacré quelques chapitres pour des sujets que j’ai jugés inévitables à savoir l’honneur, la femme révolutionnaire et la trahison.
Que reflète Le rendez-vous manqué ?
l Le Rendez-vous manqué est une petite fresque qui dépeint la souffrance, la résistance et l’héroïsme des Algériens car même si je parle des gens de Ath-Douala et de leurs voisins des Aths-Irathens que j’estime tellement, rien n’empêche d’extrapoler ces qualités à toutes les autres régions de l’Algérie.
C’est là aussi un travail d’investigation ?
l En réalité, ce que je viens de faire est un fruit de beaucoup de témoignages recueillis auprès d’anciens moudjahiddine et compagnons de combat de mon grand-père. Je précise toutefois que même si j’aime l’histoire je ne suis pas historienne : toutes les informations mentionnées dans l’essai ainsi que tous les événements et dates m’ont été énoncés par ces gens à qui je tiens à exprimer ma gratitude.
Avez-vous rencontré des difficultés pour élaborer votre essai ?
l Certainement, j’en ai tellement rencontrées que je ne m’en souviens plus, et comme disait La Fontaine « aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire ». Autrement dit, rien ne s’offre : tout s’arrache. Je porte cet axiome dans ma tête, c’est pour cela que je n’ai jamais été rebutée, et quelles que soient les détresses l’espoir ne me quitte guère.
Quels sont les écrivains qui vous inspirent ?
l Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun a été le premier roman que j’ai lu alors que j’étais au collège ; l’histoire de ce fameux écrivain s’est inculquée à coup de bâtons sur mon crâne, elle représente pour moi une sorte de défi et d’une résistance. Tahar Djaout, ce mathématicien féru de l’écriture me donne encore une très grande envie d’avancer et de me fortifier dans la littérature ; il était mathématicien et je suis informaticienne, et à chaque fois que je lis ses écrits je m’en ressource. Il y a d’autres écrivains qui me motivent comme Mammeri, Victor Hugo, Honoré de Balzac… En fait, tous ceux qui s’expriment, même s’ils ne sont pas écrivains, me donnent l’envie d’écrire.
Et pour conclure ?
l Je sais que nos jeunes ont beaucoup de choses à donner, et ce qu’ils doivent faire c’est d’essayer et avoir une bonne volonté et une ferme décision pour pouvoir aller au bout de leurs idées et de ne jamais penser aux entraves. Je remercie et je salue tous ceux qui m’ont accueillie chez eux à bras ouverts et m’ont offert leurs témoignages. Merci à vous et à la Dépêche de Kabylie.
Entretien réalisé Par Idir Lounès
