Entre l’idéologique et le sentimental

Long est le combat pour la reconnaissance de la langue et culture amazighes. Ce combat naît depuis les années 40, au sein du Mouvement national algérien, sous l’occupation française, n’arrive toujours pas à tirer son épilogue, et voir la cause aboutir après tant d’années de sacrifices. L’engagement de la Kabylie pour cette reconnaissance fut massif et total.

Les différentes tentatives pour l’imposer en tant que réalité historique et civilisationnelle de l’Algérie faisait face à un acharnement maladif de la part des adeptes de l’idéologie arabo-islamique et ce depuis l’Indépendance nationale. Sous la houlette de l’Ouma El arabia, les militants arabo-baâthistes n’ont pas lésiné sur les moyens pour la reléguer à un plan inférieur. Les militants berbéristes ont été, de longues années durant, cible de rafles de police et d’emprisonnements. Après les événements du 20 avril 1980, une brèche est ouverte dans la chape de plomb imposée par le pouvoir. La revendication identitaire devint alors, une revendication populaire, elle n’est plus l’apanage d’un cercle de militants politiques.

Dès lors, les manifestations revendiquant la reconnaissance officielle de tamazight se multiplient pour en aboutir en 1995 au fameux Boycott scolaire initié par le MCB. C’est pour la première fois que toute une région d’un pays boycott l’école qui  » renie  » sa langue. Même avec la maigre moisson de cette entreprise, consistant à l’introduction de tamazight dans le système éducatif national, l’engagement de la région pour sa langue ancestrale restera à jamais gravé dans les annales de notre histoire. Après l’ouverture démocratique de 1989, les militants berbéristes n’ont pas baissé les bras, mais des organisations politiques ont pris le relais pour défendre l’idéal identitaire, même si le combat a été instrumentalisé pour des fins restreints, dans la plupart du temps. En juin 1998, lors de l’assassinat de Matoub Lounes, la foule en colère qui manifestait n’avait pas omis de rappeler que le serment de la Kabylie pour l’aboutissement de sa cause n’a pas bougé d’un iota malgré la menace terroriste. En 2001 après l’assassinat du jeune Massinissa dans un local de la Gendarmerie et l’arrestation des collégiens à Amizour, le soulèvement populaire de la Kabylie et la centaine de morts qui s’en est suivi a poussé les hautes autorités du pays à revoir leur position vis-à-vis de cette revendication. Ainsi, sur ordre du président de la République, les deux chambres du Parlement ont voté la reconnaissance de tamazight en tant que langue nationale en 2002.

6 ans après la reconnaissance de cette langue, le bilan mitigé qui s’en sort de cette expérience accule en même temps, les responsables de l’Education et ceux censés apportés leur savoir faire pour l’épanouissement de tamazight. De leur côté, les responsables politique algériens n’ont absolument rien fait pour cela. Et pour preuve, les différentes grèves initiées par les enseignants de cette matière prouvent le manque de volonté politique pour se mettre au travail. Pas loin que l’année écoulée, des dizaines d’enseignants de tamazight de Bouira ont observé une grève de la faim illimitée pour décrocher des postes budgétaires, même avec les promesses du ministère, leur grève s’est avérée vaine. La situation dont végète tamazight n’est pas endossable aux seuls responsables des secteurs concernés. Elle concerne aussi, les chercheurs et les universitaires qui animent l’espace de réflexion sur tamazight qui, on le souhaite bien, ne doit pas rester dans le stade du sentimental.

M. Mouloudj