Bugeaud, Saint Arnaud, Randon et tant d’autres généraux et commandants, « héros » de la conquête de l’Algérie, doivent être, au terme de la loi française du 23 février 2005, glorifiés et bénéficier de la « reconnaissance » des Français. On va sans doute donner leurs noms à des rues et les introduire dans les ouvrages scolaires, pour que la jeunesse, habituellement désintéressée par l’histoire ne les oublie pas. En Algérie, on a arraché depuis longtemps leurs noms des plaques des rues et des noms des villes mais leur souvenir est demeuré dans la mémoire populaire. Non parce qu’on les glorifie mais parce qu’ils ont laissé dans le corps et l’âme de la nation des marques indélébiles. Sait-on, par exemple en Kabylie, les noms de quelques sanguinaires généraux de la conquête sont devenus des mots communs ? Ainsi le bitcho que l’on menace de faire venir pour punir les enfants turbulents n’est rien d’autre que Bugeaud ! un autre père-fouettard est bubrit’, évoqué par exemple dans la chanson mugragh Butrit ‘ ibbud tachulit’, anida a Bubrit ? Ar tmurt ugowa ! « J’ai rencontré bubrit, portant sur le dos un grand sac, où vas-tu Bubrit’ ? -au pays des Kabyles », sous entendu pour enIever ses enfants: ce Bubrit est le général Beauprêtre, qui, en son temps, a mis à feu et à sang, la Kabylie… Il faut citer, dans la même veine, akli uzzal » le Noir de l’après-midi, en fait CIauzel ! Toutes les régions d’Algérie ont leur bichu et leur bubrit. Il y a les colons qui se sont emparés des meilleures terres, issues des séquestres, les industriels, pilleurs des richesses nationales et, plus proches de nous, les chefs et les tueurs de l’OAS, les Salan, les Dovecar et Piegts, Les Français doivent-ils glorifier la mémoire de ces hommes ? Faut-il perpétuer le souvenir d’assassins, de tortionnaires, de terroristes, d’exploiteurs. ll faut, au contraire, parce qu’ils sont la honte de la France et la négation de ses valeurs, les chasser de la mémoire collective…
S. Aït Larba
