L’eau potable rationnée à une demi-heure par jour, manque de loisirs pour les jeunes, l’absence d’éclairage et de revêtement des rues à l’intérieur de l’agglomération sont le lots entre autres, des manques dans cette commune. A pareille époque, l’eau constitue le principal sujet de toutes les discussions. Beaucoup jugent que la quote part tirée de la source d’El Manfouka est largement insuffisante pour répondre aux besoins de la population. Et encore cette quote part est acheminée par une conduite principale saturée de branchements illicites et de piratages tous azimuts qui la pénalisent de plus de la moitié de ce précieux liquide, ce qui fait qu’un mince filet d’eau arrive au château, témoigne l’agent chargé de la distribution. Ce dernier est très éprouvé par les plaintes des citoyens, lesquels pensent que le problème émane de la mauvaise répartition par quartiers. Pourtant, les Tibouamouchinois ont pris les devants, il y a environ 5 ans de cela en tentant de solutionner le problème de l’eau par leurs propres moyens et ce grâce à la contribution de leur communauté émigrée qui a conjugué ses efforts avec la population locale.
Les premiers ont donné de l’argent et les seconds de l’argent et leur force de travail, grâce aussi au concours d’un citoyen qui leur a offert gracieusement sa parcelle de terre pour la réalisation du forage. Il se sont malheureusement retrouvés arnaqués par l’entreprise réalisatrice du projet, laquelle s’était engagée au début à leur réaliser un forage de 100 mètres afin d’atteindre la nappe phréatique regorgeant d’eau d’après les ingénieurs en hydraulique qui ont étudié l’endroit. L’ironie du sort a fait que l’entreprise a buté sur des éboulements qui ont eu lieu à l’intérieur du premier puits. Se trouvant donc dans l’incapacité de terminer les travaux, elle a convaincu les notables de l’époque d’abandonner le premier puits de 100 mètres pour la réalisation de deux puits de 50 m chacun. Chose faite mais loin d’être la meilleure solution. A l’achèvement des travaux, l’eau a jailli à flots au grand bonheur de la population qui a organisé une touizaâ (timechrit) grâce aux dons des particuliers, qui ont cru au bannissement à jamais des pénuries d’eau dans ce village. Comble de malchance au bout de quelques mois, les deux puits ont tari plongeant la population dans la consternation par un retour à la case départ. Eh oui ! Plus de 2 millions de dinars sont partis en fumée et les affres des pénuries d’eau s’installèrent de nouveau. Feu Amouche Mohand, chanteur de l’émigration, natif de ce village a émis le vœu, avant de rendre l’âme, que sa quote part des cotisations pour l’Association des émigrés devant servir pour le transfert de sa dépouille au bled puisqu’il est enterré en France, soit utilisée pour le rafistolage de la fontaine du village qui l’a vu grandir. Un citoyen du village a fait don d’un petit espace sur sa parcelle de terre, située à proximité de cette fontaine, pour y creuser un puits devant alimenter celle-ci. Le projet, entamé il y a des mois, est semble-t-il toujours en cours de réalisation. « Notre village s’agrandit à une vitesse effrénée par de nouvelles constructions et la quote part en eau nous revenant n’a jamais été augmentée en conséquence », dira un citoyen qui ne décolère pas. En attendant qu’une solution définitive soit trouvée pour endiguer ces insuffisances, la municipalité dépanne ce village par une eau tirée de oued Soummam mais qui est servie de manière irrégulière. Traversée par la RN 74 sur environ un kilomètre, la route du village n’est pas dotée de moyens dissuasifs permettant de stopper les chauffards qui passent comme des bolides de Formule 1 sans s’inquiéter des dangers qu’ils font encourir aux piétons, d’ailleurs plusieurs accidents sont à déplorer sur les lieux, les villageois lassés des accidents ne cessent de réclamer des dos-d’âne. « Les pouvoirs publics attendent-ils que l’irréparable se produise afin d’installer des dos-d’ânes ? », telle est la question que se pose un citoyen.
Un projet d’aménagement du tronçon de cette route traversant le village par la pose de trottoirs et de bordures a été réalisé mais les citoyens, notamment les riverains, sont mécontents du mauvais travail qui a été fait, notamment concernant les dalles en béton posées pour fermer les caniveaux, lesquelles cèdent une à une à chaque fois qu’une personne pose les pieds dessus.
Les jeunes, ces laissés-pour-compte, par manque de loisirs, flânent sur cette route pour le plaisir des yeux en admirant les voitures flambant neuves avec à l’intérieur des jeunes résidant à l’étranger pour lesquels la vie sourit. Ils se demandent parfois si un jour leur chance arrivera enfin pour fuir ces lieux en laissant loin derrière eux cette misère noire qui leur colle à la peau pour émigrer là où les perspectives d’emploi et de loisir existent avec en prime de bons salaires. Les autres se contentent d’une détente au café pour une partie de dominos ou le suivi d’un match de football à la télé. Les ruelles sont plongées dans la pénombre la nuit tombée par le manque d’éclairage public ou de remplacement des lampes dans les endroits où il existe.
Si l’on s’en tient à cela, certaines ruelles n’ont jamais connu d’aménagement même en TVO, car le béton et le bitume, les villageois n’y rêvent même pas. En matière d’excursion en mer les jeunes louent des fourgons privés pour aller à la plage, pendant que les cars de la municipalité, destinés au ramassage scolaire, sont garés au parc. « Qu’attendent les autorités locales, pour organiser des excursions en mer ou en ville pour les jeunes en affectant un bus par localité », se révolte un jeune. Même si c’est un piètre souvenir qui hante encore les esprits des Toubouamouchinois, parfois l’être humain a besoin de se souvenir de certains événements marquant sa vie pour pouvoir avancer. Il s’agit d’un métier artisanal se résumant à la fabrication du balai traditionnel (thimslah). Il y a une vingtaine d’années toutes les familles de Tibouamouchine s’adonnaient à la fabrication de ce balai très utilisé dans la région et dont la plupart tirent leur principale ressource. Aujourd’hui, ce métier est totalement ignoré, comme s’il n’avait jamais existé. Ce qui est surprenant, c’est que l’on organise partout des festivités marquant l’histoire de l’artisanat, comme la poterie d’Ath Hichem, les bijoux en argent de Beni Yenni, pour ne citer que ces deux-là car il y en a beaucoup, mais jamais à Tibouamouchine on n’a songé a organiser une manifestation sur le balai (thimeslah).
L. Beddar
