Tous les observateurs et spécialistes des questions sécuritaires s’accordent à dire que la wilaya de Bouira figure désormais, avec les wilayas limitrophes de Boumerdès et Tizi-Ouzou constituant un triangle, parmi les régions les plus touchées par le phénomène du terrorisme.
Pour cause et depuis le premier attentat kamikaze contre une caserne de militaires ayant fait 11 morts et une trentaine de blessés, perpétré en juillet de l’année dernière à Lakhdaria, plus d’une vingtaine d’attentats ont été perpétrés à travers les quatres coins de la wilaya, notamment sur l’axe Aomar-Kadiria-Lakhdaria. Cette situation sécuritaire, qui ne cesse de se dégrader, s’est soldée par un macabre bilan s’élevant à près de 30 morts et plus de 100 blessés depuis une année. Cet été et en particulier durant les mois de juillet et août, les localités de Lakhdaria, Kadiria, Aomar et tout récemment la ville de Bouira, ont été le théâtre de plusieurs attaques terroristes contre les forces de sécurité et les civils. Il faut dire que la plupart de ces actes ont été jusque-là commis en dehors des agglomérations et des centres urbains, c’est-à-dire à la lisière des villes ou dans les maquis, ce qui n’est pas du tout le cas lors des derniers attentats, notamment ceux de mercredi dernier perpétrés en pleine ville, près de l’hôtel Sofy et du siège du secteur militaire. Si la population de Bouira avait pour habitude d’apprendre les nouvelles des attentats par le biais de la presse, elle est désormais réveillée sous l’effet des bruits assourdissants des fortes explosions. Certains ont été littéralement arrachés du lit très tôt le matin. D’autres se sont retrouvés avec des blessures suite à l’effondrement de leurs habitations et le soufflement des vitres de leurs appartements. Mercredi dernier, tous les Bouiris s’étaient réveillés sous le choc. Durant les minutes, et les jours qui ont suivi, une psychose indescriptible s’était emparée des citoyens de la ville. Le lendemain, Bouira ressemblait plutôt à une ville fantôme désertée par ses habitants. Le jour même, des rumeurs folles avaient circulé dans la rue sur d’éventuels attentats qui pourraient se produire en ville, ce qui avaient poussé beaucoup de gens à rester cloîter chez eux à l’abri. Certains s’étaient même demandés s’il n’était pas préférable de prendre les transports un peu plus tard que d’habitude, comme si on pouvait éviter de figurer sur la liste des victimes d’un attentat. Certes, depuis, la population a peur et a cédé à la panique, mais qu’elle sera son comportement lors des soirées ramadhanesques qu’elles soient animées ou pas ? Ramadhan est sans l’ombre d’un doute le mois durant lequel les familles sortent beaucoup la nuit. Après le f’tour, des virées en familles sont organisées pour aller voir des spectacles ou des galas artistiques, les discussions entre amis s’éternisent et finissent souvent très tard dans la soirée. Mais cela sera-t-il le cas dans quelques jours ? Sortir la peur au ventre en bravant tous les dangers ou rester cloîter chez soi ? Telle est la question que se posent à présent le commun des Bouiris. Néanmoins et face à ce dilemme, des mesures exceptionnelles pourraient rassurer la population. Une forte présence des forces de sécurité marque depuis les derniers attentats les artères du chef-lieu de wilaya. Le renforcement de barrages à l’intérieur même de la ville est une mesure de sécurité à même de redonner confiance aux Bouiri. En tout cas, les Bouiris semblent prêts à sortir la nuit pour peu que la sécurité soit assurée.
Djamel. M.
