Pari réussi pour Cheikh Sidi Bémol

Pour son deuxième gala en moins de trois mois, puisqu’il a animé une soirée le mois de juin écoulé, Cheikh Sidi Bémol signe de main de maître son retour. La soirée d’avant-hier au Théâtre de verdure fut grandiose. Des milliers de fans s’y sont donnés rendez-vous, encore une fois, pour une soirée, qui s’annonçait déjà sous de bons auspices, puisque même la vente de tickets n’a commencé que le matin du jeudi. Ni les perturbations atmosphériques prévues pour la soirée, ni la chaleur étouffante de la semaine n’ont pu déroger à la règle, celle consistant à honorer le Cheikh et ses musiciens, venus spécialement de France pour cette soirée. Sous un ciel nuageux et une scène qui dégageait des fumées badigeonnées aux couleurs de l’été, Cheikh Sidi Bémol fait son apparition en compagnie de son orchestre quelques minutes après l’arrivée en masse de groupes de jeunes qui prenaient place sur l’esplanade en plein air. Interprétant sans répit ses superbes chansons, notamment celles de son dernier album, Gourbi rock, le Cheikh, dont l’appellation peut paraître comme un trompe-l’œil, vu la vitalité et la force avec lesquelles il a animé ses spectacles. Parmi le public, on pouvait distinguer, des jeunes, des familles et même des vieux qui sont venus redécouvrir un artiste au talent indiscutable. Venus des quatre coins de la capitale et d’ailleurs, l’esplanade du Théâtre de verdure était pleine à plus de 70%. Juste après l’intonation de première touche d’instruments, la moitié du public envahissait le proscenium pour en faire une aire de danse où tout un chacun donnait libre court à ses mouvements. Juste derrière eux, les moins mouvementés, se déhanchaient en faisant du surplace, mais sans pour autant trahir la musique forte qui les attirait au fur et à mesure vers le premier groupe. Enfin, la toute dernière classe, celle venue apprécier le talent de l’artiste et de son orchestre. était là pour savourer avec émerveillement une musique métisse que seul les artistes chevronnés peuvent perfectionner autant. Cheikh Sidi Bémol, qui venait dans le cadre de la promotion de son nouvel album, Chants des marins kabyles, lequel sera sur les étals sous peu, a fredonné les meilleures chansons de son répertoire. De Makayen Walou Khir m l’amour, Saadia, Rxis, Walou, A Yemma Yemma…et cela sans oublier la superbe chanson du feu Slimane Azem, Aqla-gh di laxar nezzman. Après trois quarts d’heure du début du spectacle, Cheikh Sidi Bémol invite un violoniste sur scène pour mieux envoûter l’assistance. Le son doux de l’instrument embellissait somptueusement les chants. Toutes les chansons ont été reprises en chœur par le public. Quelquefois, les baffles installées n’arrivaient pas à dominer la tonalité du public qui chantait d’une seule voix. Tout au long du gala, une complicité s’est installée entre le public qui découvre, et pour certains, qui redécouvrent un artiste qui a le don de se familiariser avec un public toujours plus large et toujours plus exigeant. La fête a dû prendre fin vers minuit, mais les ovations du public qui le suppliait de rester sur scène n’a pas eu d’échos, vu les pluie torrentielles qui se sont abattue sur la capitale. Elle est venue au moment opportun. Elle a mis un  » bémol  » aux esprits animés par le Cheikh et sa troupe. Elle est venue apporter une touche de fraîcheur après trois heures de chants, de danse et de joie. En un mot, elle a lavé la pression d’une jeunesse qui veut vivre, loin des interdits qu’on leur impose de toutes parts. Pour cette fois, Cheikh Sidi Bémol  » repêche  » un trésor poétique du fond des océans. Son nouvel album Chants de marins kabyles, dédié exclusivement aux  » chalutiers  » d’autrefois est un ensemble de poèmes que fredonnaient ces hommes épris de la mer pendant de longue années. Cheikh Sidi Bémol les déterre de l’oubli.

Mohamed Mouloudj