Parmi les différentes sources de pollution affectant le territoire de la wilaya de Bouira, les eaux usées constituent l’une des sérieuses inquiétudes des autorités, des élus et du monde associatif. Au delà des statistiques, qui peuvent être consultées sur cet épineux sujet, l’observation in situ, de certains quartiers ou villages de la wilaya, suffit à se faire une idée de l’ampleur du problème. Depuis le début de la période sèche, le principal cours d’eau qui traverse la ville de Bouira, à savoir l’oued D’hous, charrie dans son lit mineur des eaux glauques ou noirâtres avec des ralents nauséabonds. Ce lieu est devenu un véritable cloaque à ciel ouvert. Ses capacités d’autoépuration semblent bien saturées au vu de l’écoulement normal des matières liquides. Et pourtant, non loin de là, à une dizaine de kilomètres, commence le plan d’eau du nouveau barrage de Tilesdit installé dans la daira de Bechloul. Cet ouvrage hydraulique, qui a emmagasiné jusque-là quelque 70 millions de m3 d’eau, reçoit encore malheureusement d’autres affluents sur ces flancs dans sa partie centrale. En amont, un affluent de l’oued D’hous, en l’occurrence oued S’biseb, est lui aussi pollué par les rejets de l’usine de détergents (ENAD) de Sour El Ghozlane au point de mettre en doute la qualité des eaux issues des puits de ouled M’hia, une bourgade appartenant à la commune de Ain Lahdjar. Un problème similaire se pose pour le barrage de oued Lakhal, situé à la limite de trois communes : Ain Bessem, El Hachimil et Sour El Ghozlane. Ce barrage de 30 millions de m3 reçoit les eaux usées provenant de Sour El Ghozlane. Pour cette dernière ville, il est prévu une station de traitement des eaux usées mais qui n’arrive pas encore à se concrétiser. En tous cas, l’ancien ne Aumale est déjà polluée intra muros puisque les conduites d’eaux usées qui ont éclaté depuis plusieurs années continuent à déverser leurs rejets dans le talweg issu de l’oued Guergour et qui coupe la ville en deux. Certains groupes de constructions, particulièrement les constructions illicites, n’ont pas encore bénéficié des opérations d’assainissement et rejettent les effluents domestiques dans des fosses perdues dont on ignore jusqu’à présent les conséquences sur l’environnement (particulièrement sur la nappe phréatique). La sonnette d’alarme a été tirée par les élus de l’APW au cours de la dernière session de juin 2005, où étaient passés en revue les principaux problèmes liés aux réseaux d’assainissement. On apprend, à cette occasion que des quartiers entiers de la ville ou de la banlieue de Bouira ne sont pas encore connectés au réseau d’assainissement. Il est ainsi des quartiers Amar Khodja. Ouled Bellil, Kessouri, Djaâdi, Ouled Bouchia et Souk Lahmais. Le chef-lieu de commune d’Ait Laâziz et le village de Maâla ne sont pas, eux non plus reliés au réseau. Les villages et hameaux de la commune de Ain Turck subissent le même sort, de même qu’il est fait état du non-raccordement de 75% des habitations des communes d’Ath Laqsar et Ath Rached. Au niveau de la commune de Lakhdaria, la station de traitement des eaux usées “vit de problèmes de gestion”, d’après les membres de la commission “Agriculture, hydraulique, protection de l’environnement et forêts” de l’APW. Cette station conçue pour traiter 9.000 m3 par jour ne fonctionne qu’aux 2/3 de ses capacités, soit le traitement d’un volume journalier de 6.000m3. Quant aux canalisations installées dans la partie basse de Taghzout, elles demeurent inexploitées pour des raisons qui ne sont pas explicitées. Le village Ighil Zegoughéne, qui compte une population de 2500 âmes, ne possède pas encore de réseau d’assainissement. La situation des rejets liquides (domestiques ou industriels) dans la wilaya de Bouira semble devenir assez préoccupante d’autant plus que cette wilaya est en train de vivre une extension urbanistique tous azimuts. Aux programmes gouvernementaux de construction de logements (AADL, LSP, logement social, habitat rural…) et d’édifices publics, s’ajoutent l’autoconstruction et les constructions illicites, ce qui génére immanquablement de nouveaux besoins en matière d’infrastructures et équipements publics (routes, AEP, assainissement, électrification, raccordement au gaz de ville, télécommunication, écoles, santé, espaces verts…). La hantise des citoyens et des autorités locales en matière de déficit du réseau d’assainissement demeure les risques d’apparition des maladies à transmission hydrique, particulièrement la typhoïde et les autres salmonelloses, pendant les journées caniculaires d’été car au vu de la multiplication des fosses perdues et du déversement des eaux usées directement dans les cours d’eau, les risques de contamination des puits et des conduites d’AEP deviennent plus élevés.
Amar Naït Messaoud
