Rentrée, Ramadhan et vide sidéral

Devant cette aire située à proximité d’une route à grande circulation, hormis ces auto-stoppeurs, le Ramadhan a semé silence et monotonie. Seules quelques personnes apparemment affairées tournoient autour d’un mausolée à la recherche de la porte d’entrée. Le mausolée domine la butte faisant face, de l’autre côté de la route, à la station-service ; il s’agit de Zaoui Lamouri, un lieu de culte connu sur un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres. Sa bénédiction est recherchée par les citoyens de Bouira, M’Sila, Bousaâda, Alger, Tizi Ouzou et par des notabilités connues dans la région. Le village de Hadjra Zerga est à 9 km d’ici. C’est une commune qui relève de la daïra de Bordj Okhriss depuis 1984. Sauf que pour se rendre de cette dernière agglomération à Hadjra Zerga, il faut faire le tour de la montagne de Meghnine et de djebel El K’tef. C’est une commune fort excentrée par rapport à ses consœurs de Mezdour, Bordj Okhriss et Taguedite regroupées au sud-est de la wilaya, à la limite avec Bordj Bou Arréridj. Hadjra Zerga se rapproche plutôt de la wilaya de M’Sila. Mieux, elle s’incruste imperceptiblement dans le territoire de Sidi Aïssa au point que des constructions appartenant officiellement à cette dernière commune sont réalisées sur le territoire de Hadjra Zerga. Cette relation intime nouée entre les deux communes de wilayas différentes mais limitrophes dépasse largement celle qui, normalement, aurait dû animer les échanges humains et économiques avec la ville de Bordj Okhriss ou la ville qui a le plus d’importance régionale à savoir Sour El Ghozlane. A quelque 60 km au sud du chef-lieu de wilaya, Hadjra Zerga constitue- avec Taguedite et Dirah- une commune frontalière de la wilaya de M’sila. En effet, sur ces territoires steppiques, la wilaya de Bouira enserre la commune de Sidi Aïssa par le nord et par l’est. La commune de Sidi Aïssa (W. M’sila) commence à peine aux premières maisons de cette ville. La plaque signalant la frontière de wilaya est bel et bien implantée dans la ville de Sidi Aïssa, ce qui a conduit à l’affectation des immeubles situés au nord de la ville- y compris la caserne militaire- à la wilaya de Bouira. Mais, il semble que le problème se pose avec plus d’acuité- car charriant des enjeux fonciers- dans la partie est de Sidi Aïssa frontalière avec la commune de Hadjra Zerga. Le territoire de cette dernière s’enfonce au sud de façon que sa latitude extrême dépasse le périmètre urbain de Sidi Aïssa. Dans ce recoin sud-est, se trouve la zone d’activité de Sidi Aïssa dont une partie est revendiquée par une famille de Hadjra Zerga. De plus, sur les 304 lots de terrain distribués par la commune de Sidi Aïssa, 108 se trouveraient implantés dans la commune de Hadjra Zerga (wilaya de Bouira). Les acquéreurs de ces lots, sur lesquels des demeures ont été construites, se trouvent devant une impasse administrative du fait qu’ils ne peuvent pas se faire délivrer des actes de propriété par leur commune (Sidi Aïssa), car l’assiette foncière appartient à une autre commune, pire, à une autre wilaya. Notons que les régions rurales des deux wilayas limitrophes (Bouira et M’Sila) souffrent déjà énormément du problème du foncier sous ses formes classiques, à savoir l’indivision, l’absence de dévolution successorale, l’absence de titres de propriété et la non actualisation des opérations cadastrales, ce qui affecte gravement la gestion du patrimoine foncier en tant que bien immobilier qui fait partie intégrante de la vie des communautés et en tant que facteur économique dans le sens de l’activation des investissements. Greffer des problèmes de limites territoriales à ces vieux handicaps, c’est assurément aggraver la situation de la gestion foncière aussi bien pour l’administration que pour les personnes et les familles qui y sont impliquées. Avec le nouveau découpage territorial en gestation depuis quelques années au niveau du ministère de l’Intérieur, les populations de la région espèrent un éclaircissement de la situation foncière de leurs communes et l’établissement d’un cadastre définitif pour leurs parcelles. La région en question sera couverte par les deux probables futures wilayas de Sour El Ghozlane et Bousaâda. Il est connu que ce genre de conflit territorial apparaît à chaque fois que l’opération du tracé de limite communale ou de wilaya- menée par les services du Cadastre- ne fait pas associer les différents services et partenaires concernés (Agriculture, Urbanisme, citoyens, associations,…). Dans certaines wilayas, cela s’est traduit par des litiges qui ont pris des dimensions dramatiques relevant de l’ordre public.

Un faux enclavement

Au niveau du chef-lieu communal, nous sommes à moins de dix kilomètres d’un grand axe routier, en l’occurrence la RN 8 allant d’Alger à Bousaâda, mais, dans le silence sidéral enveloppant les lieux, rien ne donne le sentiment que nous sommes proches d’une route si importante et si fréquentée. Après les derniers orages du début de Ramadhan, les ruisseaux et autres menus talwegs ont timidement et temporairement repris vie. L’oued Djenane qui sépare les deux communes de Dirah et Hadjra Zerga voit son lit majeur marqué par un léger filet d’une eau limpide que l’on n’a pas vu depuis plus de trois mois. Les bâtiments du centre-ville semblent bien lavés par les eaux de pluie après avoir supporté les poussières de plusieurs mois. Cela se voit surtout au niveau des toitures, puisque, réalisation rare dans la wilaya de Bouira, ici les toits des bâtiments sont en tuiles de couleur rouge brique. Cette géniale touche fait épouser aux immeubles le décor agreste du reste de l’environnement. Le transport public se fait rare. À partir de Sour El Ghozlane ou de Bordj Okhriss, la chance de se rendre directement à Hadjra Zerga est très mince. C’est à partir de Sidi Aïssa que l’on peut s’y rendre plus facilement. Même si vous ratez les fourgons, les taxis clandestins sont là. Plusieurs d’entre eux sont tenus par des fonctionnaires qui  »volent » un peu de temps à l’administration pour pouvoir joindre les deux bouts, ou par des retraités. Les derniers forains ayant fait le déplacement vers Sidi Aïssa en ces jours fiévreux de la rentrée scolaire arrivent en petits groupes séparés et commencent déjà à  »disséquer » sur la place publique de la mairie les tendances du marché dans lesquelles se mêlent les données de la rentrée sociale, de la rentrée scolaire et du Ramadhan, en attendant les dépenses de l’Aïd. Le pouvoir d’achat a visiblement fondu au cours du premier semestre 2008. C’est tout le monde qui en parle ici et qui, en même temps, exprime son incompréhension face à cette situation tout en sachant que les salaires ont été augmentés en 2007. À vocation exclusivement agropastorale, la commune de Hadjra Zerga enregistre l’un des taux de chômage les plus élevés de la wilaya. En 2004, il était de 57%. Actuellement, il tourne autour de quelque 30%. Une chose est sûre, cette vocation, assumée tant bien que mal, ne nourrit plus son homme. La céréaliculture qui n’a de moderne que l’usage de la moissonneuse-batteuse donne des rendements médiocres. Les meilleurs rendements (de 25 à 30 qx/ha) sont plutôt une chose rare qui se produit une fois tous les six à sept ans. Les travaux d’engraissement du sol, d’épandage de fumure, de pesticides et de désherbants sont des exceptions qui confirment la règle du calendrier cultural. Quant aux travaux de défoncement, autrefois réalisés une fois par quatre ans, ils sont devenus un beau souvenir que n’ont pu raviver que les programmes de soutien de l’État dans le cadre des Concessions agricoles, du PER (Projet d’emploi rural 2) et des PPDR). Cette phase de la préparation du sol constitue un point noir de la démarche générale des agriculteurs. Elle coûte trop cher. Les entreprises engagées par l’État pour cette action la réalisent pour des montants de 35 000 à 40 000 DA/ha.

Amar Naït Messaoud