Les villageois de Taraman fidèles à leur tradition

« Nous essayons de perpétuer nos bonnes traditions afin que nos enfants et les générations futures sentent qu’ils appartiennent à une communauté unie par non seulement les liens familiaux du sang mais également par un héritage culturel commun, » nous déclare Moh Chérif, chef d’entreprise. Au demeurant, les préparatifs de la célébration de cette fête commence au moins à partir du début de la seconde quinzaine du mois de Ramadhan avec la tenue de l’assemblée générale de la Djemaâ qui décide du programme et des activités. « La fête commence, bien sûr, la veille car tout se met en branle. Ainsi, tôt, dans la matinée de l’Aïd, tout le monde se rassemble sur le lieu habituel qui est « El Djamaâ Cheikh Ouramdhane ». Les gens viennent avec des plats de couscous pour ceux qui avaient célébré les noces de leurs enfants au cours de l’année écoulée, c’est le « couscous de la mariée » ou pour ceux qui ont eu un enfant, c’est le « couscous du nouveau-né », pour les autres, ils apportent des gâteaux, des beignets ainsi que du lait et du café. Donc, les villageois prennent leur petit-déjeuner ensemble avant de partir vers la mosquée pour la prière de l’Aïd, » nous dira Amar Hellal, président de l’Association pour le développement rural. Juste après le retour des hommes de la mosquée, c’est le sacrifice des moutons qui commence avec la participation de tous car la tâche est vraiment ardue. « Dans notre village, nous pratiquons ce qu’on appelle « Thimouzounine », alors que dans les autres villages, c’est « Louziaa ». La différence est que chez nous, les parts de viande sont individuelles alors que dans l’autre cas, c’est des lots pour chaque famille.  » Donc, nous comptons le nombre exact de personnes que nous avons au village. Si une famille est composée de douze personnes, elle prendra douze parts, une autre qui n’a que trois personnes, prendra trois parts. C’est en fonction du nombre de personnes que fonctionne « Thimouzounine ». Il n’est pas nécessaire de décrire la joie des bambins du village, qui de toute la journée, sont en train d’écouter les personnes âgées tout en surveillant et en comptant les lots de viande qui parsèment la grande bâche étalée sur le sol.

« C’est la fête ! Tous les enfants du village sont heureux car tout le monde est gentil avec nous et nous recevons beaucoup de bonbons, » nous confie malicieusement le petit Hamid. Par ailleurs, alors que les jeunes hommes s’affairent à découper les quartiers de viande, ils sont surpris par les sonneries de leurs portables. « Silence ! C’est Ramdane de Montréal ! Il vous souhaite à tous heureux Aïd, » puis c’est le reportage en direct de la scène qui est fait puis c’est Paris, Alger, Hassi Messaoud, Béchar… « Ils nous téléphonent parce qu’ils savent que nous sommes rassemblés ici, ils vivent un peu avec nous et ils sont vraiment avec nous car nous ne les oublions pas. Tout à l’heure, celui qui a téléphoné de Tindouf a demandé à ce qu’on remette sa part à une vieille du village, c’est ce que nous ferons, » nous dit Rabah, un universitaire qui n’a pas trouvé de prétexte pour s’éclipser alors qu’il a découpé tout un mouton en morceaux. C’est presque en début de soirée que se termine le partage de la viande sur la bénédiction du plus âgé.

Essaïd N’Aït Kaci